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Gato Barbieri ,c’est d’une certaine manière un mariage d’amour entre le Jazz d’avant-garde et la passion sud-américaine …Quand je dis avant-garde bien sûr ,je me réfère à ce groupe de musiciens qui a cherché à donner au jazz une nouvelle dimension des artistes comme Eric Dolphy ,Roland Kirk ,Don Ellis ou tout artiste Free…Gato cherchait à ‘faire’ cette musique du monde et pas seulement d’inspiration négro-américaine mais mêlée d’autres cultures…
En fait c’était déjà le message de John Coltrane .
Le coltranisme et le tango ,le free-jazz et les rythmes brésiliens…Bien qu’il soit Argentin ,Gato Barbieri en tant que saxophoniste est toujours resté profondément marqué par la musique brésilienne …une jonction entre la musique brésilienne et le jazz c’était le but qu’il s’était fixé comme le témoigne un de ses disques « The third world ».
Alors que la plupart des artistes d’avant-garde et free que je mentionnai plus haut ,ont puisé aux sources des musiques indiennes et arabes pour la liberté d’improvisation ,Barbieri ,lui a enrichi son jazz d’harmonies et de rythmes spécifiquement sud-américains .Il avait retrouvé ses origines ,ses racines afin de pouvoir se libérer totalement.
- « ..J’allais très mal ,disait-il ,j’ai mis énormément de temps à comprendre qu’avant d’être musicien de jazz ,je devais être musicien tout court ! et étant originaire du tiers monde ,il me fallait prendre conscience de tout ce qui me liait au Brésil…un pays qui vibre sans cesse ,ils vivent la musique au quotidien ..ce n’est pas une affaire de ‘culture’… » . mais musicien du tiers monde veut aussi dire engagé et ceci rapproche complètement Gato Barbieri des jazzmen de race noire car il a ,comme eux ,rejeté les valeurs de la société blanche et plus particulièrement américaine. Sa musique se veut à la fois ancrée dans la tradition et super moderne ,un peu comme Archie Shepp qui libéré revisitait le blues de ses ancêtres …de toutes façons on l’a vu maintes fois dans l’histoire du jazz ,si un type est politiquement lucide ,sa musique sera bien plus intéressante que celle d’un autre musicien.
Voilà les raisons qui poussèrent Barbieri à quitter l’Argentine pour les USA pour y travailler avec les plus grands musiciens de la scène free comme ,Charlie Haden avec lequel il enregistre « Liberation Musicorchestra » en 1969 et ensuite avec Carla Bley « Escalator over the hill » enregistré en 1971 puis également avec Oliver Nelson il enregistra la musique du film « le dernier tango à Paris » de B.Bertolucci.
Gato avait choisit New-York car c’était le seul endroit possible pour l’avant-garde ,le free et les explorations musicales en tous genres … « le centre de la nouvelle musique ,comme il disait ,la possibilité de jouer avec beaucoup de gens…ça vaut le coup. »
Il s’installa à New-York après un long voyage en Europe et s’affirma très vite comme des plus géniaux représentants de l’avant-garde , virtuose qui aime a torturer les sonorités tirées de son instrument jusqu’au cri parfois insoutenable ,mais qui sait aussi adoucir son jeu le rendant parfois superbement mélodique. C’est en fait l’atout majeur de Gato ,il n’est pas resté prisonnier d’un style car il savait ce serait l’impasse .Touts es musicens Free n’ont pas eu cette clairvoyance …par souci d’honnêteté intellectuelle peut-être .( !).
Gato Barbieri a su ,après avoir exploré le jazz ,revenir sans renier un passé des plus enrichissants et partie importante de l’histoire du jazz ,à une musique moins hermétique et de plus en plus liée à sa culture sud-américaine.
Leandro Gato Barbieri est né à Rosario en Argentine le 28 Novembre 1934 ,fils d’un modeste menuisier ,il découvre la musique avec son oncle un saxophoniste correct qui lui transmettra le virus du jazz. Gato abandonna ses études assez vite et partit à Buenos Aires pour apprendre la musique (ville dans laquelle son frère est devenu musicien professionnel). Gato va étudier la clarinette puis le saxophone alto avec un professeur d’origine française. Barbieri travaillait dans une imprimerie pour payer ses études et il écoutait tout ce qu’il trouvait : Louis Armstrong ,Bunny Berrigan ,Bix Beiderbecke…et soudain la musique de Charlie Parker entra dans sa vie et y produisit un impact invraisemblable…1948 ,on jouait du Bop en Argentine !! Gato commence à se produire dans les clubs de la capitale et un soir il rencontre au ‘Bop club’ le musicien Lalo Schifrin en 1956 ,Lalo était considéré comme l’un des meilleurs jazzmen argentins et jouit d’un grand prestige…les deux hommes vont s’entendre à merveille et Schiffrin engagera le jeune Saxophoniste dans le big Band…Gato y restera jusqu’en 1958 le temps de se familiariser avec les studios et d’opter définitivement pour le saxo Ténor .
En 1962 ,Gato Barbieri s’installe à Rome ,il a déjà une certaine renommée, grâce à ses collaborations en amérique du sud avec Kenny Dorham , Phil Woods et Woody Herman et grâce aussi aux séances avec Jim Hall et aussi à plusieurs musiques de films .
Il veut s’impliquer plus à fond dans le jazz moderne car il a entendu le fabuleux « ‘round midnight » de Miles Davis et John Coltrane …cela arrivera plus tard lorsqu’il fera la connaissance de Don Cherry ,alors en tournée avec Sonny Rollins sur le vieux continent .
Gato enregistrera plusieurs disques avec Don Cherry ,la plupart chez Blue Note « complete communion » par exemple .
A New-York après le départ de Don Cherry ,Gato mènera une carrière intense avec des albums comme « In search of mystery » en 1967 pour ESP , « Hamba Khale » en 1968 avec le pianiste Dollar Brand et « The third world » en 1970 ou participant à quelques enregistrements célèbres d’avant-garde dont « Genuine Tong funeral » avec Gary Burton et Carla Bley , « communication » avec le Jazz composer Orchestra…deux disques enregistrés en 1967 « Orgasm » l’année suivante avec Charlie haden ,Alan Silva et Rashied Ali « Liberation Music Orchestra » en 1969 avec Haden puis « Escalator over the hill » avec Carla Bley en 1971 .
Gato Barbieri va se consacrer à travailler de plus en plus les musiques du monde ,démarche comparable à celle de Charlie Haden bien que pour Haden ce soit une démarche intellectuelle et politique .
N’empêche que cette musique dite du ‘tiers-monde’ va considérablement évoluer au fil des albums…Gato va oublier ses exprériences free d’hier pour créer une musique qui jamais ne fut commerciale ….Il est toujours resté fidèle à ses origines sud-américaines ,compositeur remarquable ,fétiche des clubs ambiances tropicales et politique dans sa musique …il n’a appartenu à aucune école et n’a fait aucun cas des modes .
Publié le 10/06/2009 à 17h37 dans Biographies