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Noctamblues

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Ahmad JAMAL ...chef de file de virtuoses..?

Le fait quAhmad Jamal aimait jouer une musique grand public à ses débuts attira les commentaires les plus négatifs qui furent de la part de nombreux critiques de Jazz…le public de bars et cabarets appréciait son jeu ,mais ces critiques ne comprenaient pas sa démarche et ne voyaient en lui qu’un pianiste de salon de cocktails ,commercial. Il fallut que Miles Davis se fasse l’avocat de Jamal pour que la plupart des détracteurs reviennent sur leurs jugements…genre de situation qu’Erroll Garner avait connu avant Jamal .

La musique de Jamal n’a jamais été simpliste ,loin s’en faut ,une simplicité sophistiquée ce qui n’a rien à voir. Ahmad Jamal s’est dédié à la musique au milieu des années 40 et a su démontrer que loin d’être un pianiste modeste ,il possédait au contraire toutes les caractéristiques d’un virtuose : élégance ,sobriété ,dynamisme et une technique infaillible à couper le souffle .
Un toucher péremptoire de la main droite ,mordant et une main gauche légère faisant sonner les accords ouatés ou développant rapidement une figure mélodique et avec cela une sonorité partout claire et brillante…subtilité jusqu’à l’autorité…il séduit puis conquiert.
Comme certains des plus grands ,Jamal a fait du trio une des combinaisons les plus performantes du jazz (on pense à Bill Evans ,Wynton Kelly ou Solal lorsque l’on parle de trio)…plus particulièrement avec le bassiste Israel Crosby et le batteur Vernell Fournier (ou avant cela avec le guitariste Ray Crawford).
Bien que critiqué à ses débuts ,le pianiste n’a jamais fait marche arrière- face à l’adversité ,il s’est toujours montré serein .Ahmad Jamal est un homme grave ,calme et réfléchi ,de nature réservée qui mènera une carrière honnête ,sans aucune concession..les critiques finirent par s’en rendre compte et s’excusèrent…mais tardivement .

Ahmad Jamal (né Fritz Jones avant de devenir musulman) ,est né le 2 juillet 1930 à Pittsburgh ,PA . Il reçut l’enseignement des meilleurs professeurs de musique de Pennsylvanie (ville où naquit aussi Erroll Garner) ,à l’âge de 15 ans ,il décide de devenir musicien professionnel…probablement que la jam-session à laquelle il a participé au côté d’Art Tatum en 1945 n’est-elle pas étrangère à cette décision…on dit que ce jour là Tatum avait été fortement impressionné par les talents du jeune virtuose.
Ce qui est certain ,c’est que 2 ans plus tard on retrouve le jeune jamal dans l’orchestre de George Hudson ,avec le saxo Ernie Wilkins…cette période lui fut à la fois bénéfique et pesante ,d’un côté la tournée l’a aguerri et de l’autre les relations avec un chef d’orchestre qui n’apprécie pas qu’un de ses musiciens se mette en évidence de si brillante manière pendant les concerts. C’est que le jeune pianiste possède déjà à l’époque un style qui s’accommode peu des règles strictes d’un grand orchestre….comprenat cela Fritz Jones crée son 1er combo en 1949 avec des amis musiciens de Pittsburgh ,un quartet composé de piano ,guitare ,violon et basse.

Hélas le ‘Four Strings’ ne connu aucun succès …le quartet dissous et affecté par cette première initiative ratée ,Fritz Jones accompagnera divers ensembles de chant et danse.

 

En 1951 il remonte un combo ,un trio piano ,basse et guitare (formule dont Nat King Cole avait déjà montré toute l’efficacité) . « The three strings » ,avec Crawford à la guitare et Crosby à la contrebasse ,se produira sur toute la côte est avant de travailler au Blue Note de Chicago et à New-York.

En 1952 il se convertit à l’islam et devient Ahmad Jamal …et c’est sous le nom de Ahmad Jamal Trio que le combo attire l’attention du producteur John Hammond qui l’entend un soir à l’Embers club de New-York….Hammond se fera le défenseur du combo face à une critique qui ne peut supporter le répertoire de thèmes populaires de Jamal comme ‘Billy Boy’ qui sera un succès.

Mais sa popularité ne cesse de croître ,en 1952 il a participé à un concert au Carnegie Hall aux côtés de Duke Ellington et de Billie Holiday ,Jamal décide de remplacer le guitariste par un batteur et fait appel à Walter Perkins d’abord ,mais qui fut remplacé par Vernell Fournier ensuite. En 53 il ressurgit sur la scène de Chicago où les critiques sont moins incisifs qu’à New-york . Au fil des concerts jamal affinera ce qu’il appelle une ‘musique de chambre du Jazz Moderne ‘..
Ses premiers disques furent des succès ,’The Ahmad Jamal Trio’ et ‘The piano scen of Jamal’ ,’But not for me’ gravé en 1958 quant à lui sera un véritable triomphe..stylisme exceptionnel ,une virtuosité pianistique incroyable ,grande lucidité il peut faire swinguer une note unique ,pas de précipitation ni d’agressivité ,il ne s’emballe jamais…maîtrise totale de son art ,jubilation de créer et magnificence de la sonorité .

 


A la fin des années 50 ,le trio est au top de sa gloire ,chaque disque battant des records de ventes..’Ahmad Jamal at the Pershing’ ,’Volume II’ ,’Portfolio’ ,’Ahmad Jamal at the Penthouse’ enregistré avec des cordes ,’Listen to Ahmad Jamal quintet’ avec le guitariste Ray Crawford qui retrouve là son ancien leader et le violoniste Joe Kennedy…etc…etc..’Macanudo’ et enfin ‘Poinciana’
Mais après les années fastes ,celles du doute arrivent au début des années 60 ,d’abord en 61 il doit fermer l’Alhambra ,un club qu’il avait crée à Chicago , en 62 divorce et cette même année il est abandonné par ses musiciens qui rejoignent le pianiste George Shearing . les musiciens avec lesquels il va travailler ne manquent pas de talent le bassiste Jamil Sulieman et les batteurs Chuck lampkin et Frank Grant …mais il faut admettre qu’ils ne peuvent faire oublier Crosby et Fournier….Jamal doit combler par son jeu les lacunes rythmiques des musiciens….c’est en fait repartir à zéro et cette rennaissance est symbolisée par l’album ‘Tranquility’ où il organise un langage nouveau et une atmosphère plus rêveuse et il ne craint pas de s’ouvrir aux incantations coltraniennes .
A la fin des années 60 Ahmad Jamal s’orientera  vers un Jazz beaucoup plus moderne.. !
Il multiplie les concerts et les enregistrements ,’autumn leaves’ en 81 avec Gary Burton.  Considéré comme le successeur de Erroll Garner il est un des chefs de file de la génération de pianistes qui ont connu le succès à la fin des années 50 et qui étaient plus vieux que Jamal  :bill Evans ,Wynton Kelly ,Herbie Hancock tous ont puisé aux sources du Jamalisme. Miles avait raison de louer les qualités de ce pianiste dès le début .

 

Publié le 15/04/2008 à 15h20 dans Biographies

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