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mail-copie-1.jpg Le nouvel OPUS de Stéphane BELMONDO sort Lundi 25 Avril 2011...

Stéphane Belmondo (né en 1967) a vécu sa vie de jazzman : dans les clubs parisiens dont il est, depuis la fin des années 1980, une figure familière ; dans les festivals aux côtés des plus grands, qui ont su apprécier son élégance et sa culture ; à New York, où il vécut quelques années ; sur scène, parfois dans des configurations surprenantes, comme le duo qu’il entretint longtemps avec le guitariste Sylvain Luc.


Tout cela n’est pas de l’histoire ancienne – car toutes ces rencontres sont loin d’avoir quitté sa mémoire. C’est plutôt qu’avec The Same As It Never Was Before, une autre commence. L’histoire d’un homme qui, tout en restant fidèle à ce qu’il a aimé, a l’ambition de se montrer tel qu’il se sent lui-même. Aussi ce titre aux allures paradoxales est bien un leitmotiv esthétique et non une simple posture. Quiconque l’a fréquenté de près sait que Stéphane Belmondo n’est pas un poseur. Il suffit qu’il embouche la trompette ou le bugle pour que la musique parle d’elle-même. Elle se joue avec un flot naturel, une exigence qui lui évite les facilités, des respirations qui lui donnent sa poésie et ce je-ne-sais-quoi qui n’appartient qu’aux plus grands : une sonorité reconnaissable entre mille, une sensibilité à fleur de cuivre, des inflexions dans le phrasé qui reflètent l’intimité de son âme… un souffle, en somme, comme on dit qu’il en passe dans une grande oeuvre. Ce musicien ne ment pas.

A l’image d’un Tom Harrell ou d’un Roy Hargrove avec qui il croise fréquemment le fer, dans cette petite confrérie très fermée des trompettistes de jazz qui comptent, Stéphane Belmondo appuie son talent sur un amour sans borne pour les musiciens qui l’ont précédé, cette « tradition » qu’il est bon de connaître mais dans laquelle il est tout aussi bon de ne pas se laisser enfermer. Car sur sa route, il a croisé suffisamment de libres penseurs pour avoir conscience que le jazz est d’abord une musique de la réinvention. Que s’il y a des codes à connaître et une histoire à assimiler, un respect pour les anciens et une science à maîtriser, il y a aussi des exigences, des devoirs : ceux de ne pas refaire ce qui a déjà été fait mais bien de le révéler à nouveau, différemment, dans le jeu des personnalités qui s’affirment et des libertés qui s’éveillent. Une leçon qu’il a pu retenir de ces « affranchis » avec qui il a échangé au fil du temps, de Michel Petrucciani, son ami du Sud, à Mark Turner, récemment côtoyé dans le groupe du batteur Dré Pallemaerts, en passant par Gil Evans, Lee Konitz ou David Liebman.

 

 

 

Aussi le choix des musiciens qui l’entourent dans ce disque n’a rien à voir avec un casting calculé mais doit tout à ces histoires d’amitiés qui font se croiser les destins des jazzmen, par-delà les nationalités, les générations et les expressions. La présence du pianiste Kirk Lightsey (né en 1937), véritable mémoire vivante du jazz, dont il est impossible de citer toutes les associations tant elles ressembleraient à un Who’s Who du jazz moderne, est ainsi la suite logique d’une familiarité de vingt ans dont les liens sont anciens et multiples : ils remontent l’époque où Stéphane, tout jeune professionnel, se vit inviter par le pianiste à participer à un concert à Aix-en-Provence. Pétri du hard bop de Horace Silver, mais tout aussi sensible à Bill Evans dont il était l’ami, à qui il a consacré tout un disque, Lightsey est également empreint du son de « Motown », la ville de Detroit qui a vu naître Yusef Lateef  (qu’il accompagna à ses débuts) et Stevie Wonder (dont il connaît le répertoire par coeur). Deux références pour Stéphane, qui avec You and I opère une nouvelle reprise au répertoire de Stevie. Mais il y en a d’autres : Lightsey fut aussi l’un des ultimes accompagnateurs de Chet Baker. – Chet, qui un soir au New Morning à Paris, passa le flambeau à Stéphane, sur scène. Everything Happens to Me enregistré en duo, lui rend un émouvant hommage. Quant à Habiba – outre qu’il révèle les talents insoupçonnés de Kirk Lightsey à la flûte ! – ce thème renvoie au trompettiste Blue Mitchell , avec qui le pianiste l’a originellement enregistré, et au-delà, à ces trompettistes que Stéphane admire et que Kirk a eu le privilège d’accompagner, Freddie Hubbard et Woody Shaw, dont le souvenir passe parfois comme un songe dans le jeu du Français. A la batterie, la réputation de Billy Hart (né en 1940) n’est plus à faire. Ou bien seulement aux novices. Car de Shirley Horn et Wes Montgomery à ses débuts jusqu’au groupe Quest, formation-clé des années 1980, en passant par le Mwandishi Band de Herbie Hancock et le quartet de  Stan Getz, le batteur de Washington a non seulement fait la démonstration de l’étendue de son talent mais il s’est imposé comme un prolongateur naturel des révolutions apportées par Roy Haynes, Elvin Jones et Tony Williams, qu’il a su faire siennes au point d’apporter sa contribution à l’histoire de l’instrument. Pour Stéphane qui, comme la plupart des trompettistes, ne joue jamais mieux que lorsqu’il est aiguillonné par un grand batteur, cette présence est une bénédiction doublée d’un geste de confiance que l’on perçoit notamment dans l’énoncé complice de 'United', de Wayne Shorter, ou dans les couleurs de peaux et de cymbales qui défilent contre la mélodie du bugle au long de 'So We Are'. Charge au jeune contrebassiste Sylvain Romano (né en 1980) de faire le lien entre ces deux géants : il prouve ainsi sa valeur, repérée et encouragée par Stéphane depuis plusieurs années déjà, confirmant qu’il est l’un des instrumentistes plus que prometteurs de sa génération. On mesurera l’assurance de sa présence dans 'Free for Three', libre improvisation en trio avec Billy Hart.


"The Same As It Never Was Before" Où l’on retrouve le Stéphane Belmondo que l’on admire, soliste inspiré, flamboyant ou délicat, dans un environnement qui lui sied bien : en quartet, format dans lequel il a toute latitude d’exprimer ce qu’il sait et ce qu’il ressent. The Same As It Never Was Before… Où l’on découvre un nouveau visage de Stéphane Belmondo, celui qui laisse venir à lui des inspirations plus inattendues, qui donne à la musique la chance d’éclore d’un accident improvisé, que fascine moins la virtuosité que la sonorité, moins le trait qui fait mouche que les couleurs qui se dégagent d’une palette de timbres dans laquelle les conques marines s’ajoutent à la trompette et au bugle. Le jazz, bien sûr, mais le jazz ouvert sur l’Afrique, la pop, la soul de Motown, l’ethno-free de Don Cherry, les mélodies de l’enfance, les réminiscences classiques… "The Same As It Never Was Before" : le même donc, mais transformé, dans sa vie comme dans son art, toujours aussi attachant, toujours aussi émouvant. "Haunting by now", comme le souligne si bien la dernière plage du disque. ..(Disc-Over).  

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