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Beaucoup de
journalistes ,en leur temps ,critiquèrent violemment les conceptions « européennes » du MODERN JAZZ QUARTET …et…surtout des critiques ‘blancs’
paternalistes et nostalgiques ,lesquels avaient certainement oublié que le Jazz était sorti de sa marginalité et s’adressait désormais à un très vaste public
international .
Le succès du Modern Jazz Quartet a tenu grâce à deux raisons essentielles .D’abord grâce à sa
musique ,bien sûr, à ce jazz dont il a su garder les valeurs premières tout en l’enrichissant de sonorités nouvelles ; d’autre part ,grâce à une élégance et à une sobriété aussi bien dans
l’interprétation que dans la tenue , que l’on pensait jusque là réservées aux virtuoses de la musique classique .
Certes ,les musiciens de Jazz comme Oscar Peterson et
Dave Brubeck avaient créé des spectacles dignes des spectacles européens que l’on pouvait voir à Pleyel ,par exemple ,pour plaire aux critiques qui n’auraient
sans doute jamais assisté à un concert de Jazz .Il y avait dans cette démarche ,il nous faut l’admettre ,quelquechose d’artificiel…Le souci d’élégance ,au contraire ,est toujours apparu comme
l’une des caractéristiques du Modern Jazz Quartet ,et c’est une des raisons qui a fait que l’orchestre de John Lewis a
conquis un public qui n’était pas nécessairement intéressé par le jazz .
Cela ,malgré tout ,a valu au MJQ de sévères critiques ,notamment de la part de professionnels qui souhaitaient que le jazz demeure une musique « folklo », dans tout les cas ,une musique qui restât bien ancrée dans la tradition noire .Ainsi donc ,pendant que de nouveaux mélomanes commençaient à se passionner pour la musique du MJQ ,d’autres ,des « puristes » s’en éloignaient .
Paradoxalement les critiques les plus dures que l’orchestre eut à affronter venaient plus de certains journalistes de race blanche
,qui se révoltaient contre l’attitude « européanisante » des musiciens du groupe et qui avaient une vision pas mal paternaliste des gens de couleur
.
Ainsi ,quelqu’un d’aussi engagé que LeRoi Jones a dit de John Lewis « …malgré ses tentatives pour se
conformer aux règles de la musique européenne ,Lewis est l’un des plus émouvants interprètes de Blues… »..
C’est que le Jazz ,sous la pression d’orchestres comme le Modern Jazz Quartet ,était en
perpétuelle évolution ,aussi bien dans son message que dans sa musique .S’il devenait plus accessible à la classe moyenne blanche ,en revanche il semblait
moins symboliser les luttes pour l’égalité des droits (mis à part les musiciens Free pour lesquels le Jazz était d’abord une lutte contre la société) …
Bien que ,les 4 musiciens du MJQ aient tous participé à la grande aventure du Bop ,la musique qu’ils créèrent à partir des années 50 sous l’influence de John Lewis ,ne devrait pas grand-chose à l’esthétique Parkérienne .On peut dire que John Lewis ,qui allait prendre en mains la direction artistique du groupe ,devait apparaitre comme ‘l’anti-Parker’ .Issu de la moyenne bourgeoise de couleur ,comme Duke Ellington ,passionné de musique classique européenne ,qu’il connaissait sur le bout des doigts ,il était animé par des idéaux différents des boppers qui avaient fait les super-soirées du ‘Minton’s Playhouse’ ..
Grâce à leurs différente approches du Jazz ,john Lewis ,Milt Jackson ,Kenny Clarke et Ray Brown purent monter le MJQ…mais aussi grâce au fait qu’ils avaient déjà joué tous ensemble dans le grand orchestre de Dizzy Gillespie .De 1946 à 1950 ce big Band était la formation Bop la plus célèbre . Souvent dans les concerts et pour soulager les trompettistes ,Dizzy faisait jouer Milt Jackson au vibraphone et la section rythmique ,c’est-à-dire ,le pianiste John Lewis ,le bassiste Ray Brown et le batteur Kenny Clarke .Cette formule fut payante et le MJQ démarra avec ces 4 jazzmen…Ray Brown fut remplacé assez rapidemment par Percy Heath et john lewis s’affirma comme le directeur artistique du combo. Le Moden Jazz Quatet était né .
Malgré leur passé ‘bop’ avec Dizzy ,la musique du MJQ devait plus se reconnaitre dans la musique que Miles Davis et d’autres venaient de créer et que les critiques baptisèrent « cool Jazz »…John Lewis participa d’ailleurs ,aux sessions de l’album de Miles Davis ‘Birth of the cool’ , son jeu d’une très grande sobriété avait réellement contrasté avec ceux des pianistes Bop .