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jack_kerouac-1.jpgConsidéré aujourd'hui comme l'un des auteurs américains les plus importants du xxe siècle, il est même pour la communauté beatnik le « King of the Beats ». Son style rythmé et immédiat, auquel il donne le nom de « prose spontanée », a inspiré de nombreux artistes et écrivains et en premier lieu le chanteur américain Bob Dylan. Les œuvres les plus connues de Jack Kerouac, "Sur la route", considéré comme le manifeste de la beat generation, "Les Clochards célestes", "Big Sur" ou "Le Vagabond solitaire", narrent de manière romancée ses voyages à travers les États-Unis. Le genre cinématographique du road movie est directement influencé par ses techniques et par son mode de narration.

L’œuvre publiée de Jack Kerouac peut se diviser en cinq ensembles correspondant à des formats et des modes de production distincts . Il est important de noter que Kerouac rejetait la séparation traditionnelle entre poésie d'une part et prose d'autre part, affirmant que la totalité de ses écrits relevait de cette dernière. Cette distinction semble néanmoins pertinente dans la mesure où elle fut retenue par ses éditeurs et qu'elle structure de fait son œuvre telle qu’elle est accessible aux lecteurs dans sa forme publiée. Jack Kerouac a également écrit des essais, des articles ; il a aussi donné des interviews. Sa correspondance est également très importante. Enfin, la majorité de ses écrits sont en langue anglaise, mais quelques lettres adressées à sa mère et quelques prières (dont le Notre Père, sa prière préférée), des nouvelles et surtout un roman inachevé de 59 pages intitulé "Old Bull in the Bowery ", sont écrits en français. La libération de récentes archives montre que les premières pages de "Sur la route" furent couchées sur le papier en langue française. En 2007, on a découvert que Kerouac commence à écrire "On The Road "en français, sa langue maternelle, utilisée dans deux de ses romans inédits .

À partir de 1957 et de la publication de "Sur la route", la célébrité et le positionnement médiatique de Kerouac comme porte-parole d’une génération amenèrent certaines revues grand public ou littéraires à lui commander des articles originaux, des extraits ou des nouvelles encore non publiées. La plupart des nouvelles furent en effet éditées par la suite sous forme de recueils, certains du vivant de l’auteur comme "Le Vagabond Solitaire "(1960), d’autres après la disparition de l'écrivain, comme "Vraie Blonde et Autres" (1993), sous la direction éditoriale de John Sampa. Les articles permirent à Jack Kerouac d’exposer sa méthode d’écriture et plus généralement son rapport à la littérature, mais aussi ses positions politiques et sa vision de la beat generation, tels : « Croyance et technique pour la prose moderne » qui prend la forme d’une liste de principes (faisant écho à une lettre adressée à Arabelle Porter, éditrice de New World Writting, en réponse à des critiques après la publication de « Jazz Excerpts » en 1954) ou « Principes de la Prose Spontanée ». La série d'articles « Non point Lion mais Agneau », « Contrecoup : la philosophie de la Beat generation » et « Sur les origines d’une génération » concernent la position de Kerouac vis-à-vis de la beat generation. Dans la plupart de ces articles, Jack Kerouac tente de donner une signification spirituelle au mouvement beatnik et le restitue dans son contexte historique, soit dix années avant la publication à succès de Sur la Route. Il espérait ainsi contrecarrer l’image négative et délinquante associée aux beatniks, dont il rejetait la paternité. Plus profondément, il tentait aussi de prendre le contrepied de certains auteurs, parmi lesquels son ami de longue date John Clellon Holmes, mais aussi Norman Mailer ou Kenneth Rexroth, qui souhaitaient positionner la beat génération sur un terrain politique ou dénonçaient au contraire sa superficialité et son égocentrisme. Anne Charter signale à ce sujet qu’Allen Ginsberg lui conseilla « ..de laisser...tomber les discours sur la beat génération (...) de laisser (...) Holmes broder là-dessus ».

Kerouac a également rédigé des chroniques comme celles, bimensuelles, pour la revue Escapade, la première en date d’avril 1959 consacré à la naissance du be-bop, la dernière d’avril 1960. Kerouac écrivit en outre quelques notices autobiographiques (reprises pour la plupart en français dans "Vraie Blonde et Autres" et dans la préface de "Vanité de Duluoz") et des entrées de dictionnaires. Il réalisa en 1959 la préface d’un ouvrage de photographies de son ami Robert Frank (The Americans), ainsi que le compte rendu d’un voyage en Floride avec celui-ci pour le magazine Life. Ce texte ne fut pas publié de son vivant mais en janvier 1970, Evergreen Review (n° 74), le publia à titre posthume sous l’intitulé « On the road to Florida ». En 1959, Kerouac avait aussi réalisé une anthologie de la littérature de la beat generation pour l’éditeur Avon Books. Sa publication devait être pluriannuelle et contenir pour sa première édition, entre autres, de nombreuses correspondances avec Neal Cassady, John Clellon Holmes, Philip Whalen, Gary Snyder, Allen Ginsberg et des textes de Gregory Corso ou Michael Mac Clure. Elle ne fut cependant jamais publiée par Avon Books, passé entre-temps sous le contrôle de W.R Hearst, peu favorable au projet. En 1960 Kerouac tenta sans succès de la faire publier par la maison d'édition de Lawrence Ferlinghetti, City Lights.
Jack Kerouac participa également à quelques interviews. La plus connue est celle réalisée sur le plateau d'Al Aronowitz, pour le journal New-York Post en 1959 et extraite d'une série de douze articles consacrés à la beat génération, comportant notamment une interview de Neal Cassady. Elle fut publiée en 1970 par la revue US, The Paper Back Magazine (n° 3), sous le titre « Feriez-vous une fugue pour devenir un beatnik si vous saviez que l’homme qui a écrit Sur la Route vit chez sa mère ». Ce texte fut repris en français, en 1971, aux éditions de l’Herne, dans un carnet consacré à Jack Kerouac et édité par William Burroughs et Claude Pélieu.

Jack Kerouac donna de nombreuses lectures de ses textes et des textes de ses amis, bien qu’il reconnût volontiers être mal à l’aise dans cet exercice, d'autant plus qu’il le fit le plus souvent sous l’emprise de l’alcool. Le cycle de lectures réalisées au Village Vanguard en décembre 1957 et sa participation à l’émission de Steve Allen en 1958 sont parmi les plus connus. Des enregistrements de lectures sont aujourd’hui édités de manière posthume.

Jack  participa au scénario et à la réalisation d’un film expérimental de Robert Frank sur la beat génération en 1959. Le scénario et le titre étaient initialement prévus pour une pièce de théâtre, mais seul le troisième acte, plus ou moins improvisé, fut utilisé pour le film. Il devait initialement s’appeler Beat Generation mais l’utilisation de ce titre par la MGM pour un film commercial contraignit Kerouac à le rebaptiser "Pull My Daisy". Bien qu’il eût longtemps espéré pouvoir vendre les droits de Sur la route à Hollywood, notamment à Marlon Brando, le projet de Jack Kerouac n'aboutit pas. Francis Ford Coppola, détenteur des droits de "Sur la route" entreprit de l'adapter en 1994 et en aurait proposé la réalisation à Jean-Luc Godard, mais le projet échoua. Une seule des œuvres de Kerouac fut au final adaptée de son vivant au cinéma : Les Souterrains (Les Rats de caves réalisé par Ranald MacDougall, 1960). Il existe cependant des projets d'adaptation, des "Clochards célestes" et de "Big Sur"par la maison de production Kerouac Films.

 

 



Doué d'une grande mémoire à tel point que ses amis le surnommaient « memory babe » (le « môme mémoire »), Kerouac possède un style d'écriture unique, fondé sur la vitesse de frappe à la machine, inspiré du rythme jazz. Il définit les principes de sa « prose spontanée » dans l'article « Essentials of Spontaneous Prose » de la façon suivante : « Pas de pause pour penser au mot juste mais l'accumulation enfantine et scatologique de mots concentrés ». La spontanéité réside dans un rapport immédiat avec l'écrit : « tap from yourself the song of yourself, blow! -- now! -- your way is your only way -- ’good’ -- or ‘bad’ -- always honest, (‘ludicrous’) spontaneous, ‘confessional’ interesting, because not ‘crafted’ »..(sic) explique-t-il.

« Soudain, comme dans une vision, j'ai vu Dean, Ange de feu, frissonnant, effroyable, venir à moi tout palpitant sur la route, s'approcher comme un nuage, à une vitesse énorme, me poursuivre dans la plaine tel le Voyageur au suaire, et fondre sur moi. »
Kerouac cherche à reproduire l'ambiance de ses voyages et de ses rencontres ; pour cela il se détourne des descriptions de la littérature conventionnelle, caractéristiques selon lui d'une « langue morte ». Son style lui est en partie inspiré par son amour du mouvement jazz Be Bop et de ses improvisations. Le manuscrit de "Sur la route" a été dactylographié d'un seul jet sur des feuilles de papier à calligraphie japonaise collées bout à bout avec du scotch tape et non sur un rouleau de papier à télétype. Kerouac expliquera plus tard qu'il détestait avoir à changer de feuille lorsqu'il se sentait inspiré, et qu'ainsi il pouvait presque écrire « les yeux fermés ».

 


En réalité, l'écriture de Kerouac est plus proche de la poésie, par son rythme évocateur (qu'il nomme la « Great Law of timing »), sa cadence proche de celle du jazz aussi. Kerouac explique ainsi son ambition : « Je vois à présent la Cathédrale de la Forme que cela représente, et je suis tellement content d'avoir appris tout seul (avec un peu d'aide de messieurs Joyce et Faulkner) à écrire la Prose Spontanée, de sorte que, même si la Légende [de Duluoz] court pour finir sur des millions de mots, ils seront tous spontanés et donc purs et donc intéressants et en même temps, ce qui me réjouit le plus : Rythmiques ». Le jazz et le Be-bop ont fasciné très tôt Kerouac, qui s'en inspire pour écrire, la technique de la Prose Spontanée permettant une sorte de sorcellerie évocatoire comme celle du jazz. Alain Dister dit ainsi que Kerouac « se laisse prendre aux cliquetis de la machine comme un razzmatazz de batterie, [il] s'accorde au beat de la frappe, en rythme avec un jazz intérieur (la grande musique des mots, le swing des syllabes, le jazz des phrases),le beat, la pulsion même du roman ».

Admirateur d'Arthur Rimbaud (il a en effet rédigé une biographie du poète français), « L'homme aux semelles de vent » en qui il voit le premier « clochard céleste », Kerouac appelle à la redécouverte de la spiritualité et de la mystique, par la liberté de voyage. Fervent catholique (il dessinait des pietà dans ses journaux et écrivait des psaumes), l'écrivain a cependant trouvé, avec l'aide de Neal Cassady, dans le bouddhisme, une philosophie de la quête de soi, thème central de la majorité de ses œuvres, même si c'est par la lecture de Thoreau, premier écrivain américain à s'intéresser aux enseignements spirituels de Shakyamuni, que Kerouac découvre les paroles du Bouddha. En 1953 Allen Ginsberg lui fait découvrir les Essais sur le bouddhisme zen, de D.T. Suzuki.
Les Clochards célestes (The Dharma Bums), plus que tous ses autres écrits, fait l'apologie d'un style de vie inspiré par le bouddhisme Zen, de moines itinérants recherchant la pureté et des expériences spirituelles pouvant mener à l'illumination. Dans son autre roman "Le Vagabond solitaire", le personnage principal y entreprend, entre autres, une retraite solitaire de plusieurs mois en tant que guetteur de feux pour l'Office canadien des forêts (inspiré par la propre expérience de Kerouac dans un emploi semblable dans l'État de Washington), à la façon d'un ermite cherchant la purification. Ses romans permettent ainsi, selon ses mots, de parcourir la « carte de la création ».

Les allusions et réflexions mystiques et théologiques sont très présentes dans l'œuvre de Kerouac, de manière syncrétiste cependant. Bien que Catholique, Kerouac parle de métempsycose, de koans zen, des cultes des Indiens d'Amérique, et d'animisme dans "Big Sur" notamment. Kerouac, se définissant comme un 'strange solitary crazy Catholic mystic', compare ainsi son Sur la route à l'une des plus grandes œuvres de la quête spirituelle chrétienne, Pilgrim's Progress de John Bunyan, une quête qui s'ancre dans le mythe américain des grands espaces et de l'american way of life, avec une véritable volonté pour Kerouac d'en décrire les rouages et la sociologie

Le thème du voyage et le roman "Sur la route" ont influencé nombre d'auteurs et compositeurs comme Bob Dylan (On the road again en 1965, album Bringing it all back home), Canned Heat (On the road again en 1968, album Boogie with Canned Heat). Bob Dylan est devenu fan de Kerouac dès 1959, à la lecture de Mexico City Blues, comme d'autres chanteurs : Jerry Garcia (fondateur de Grateful Dead), Tom Waits, Jim Jarmusch, Dennis Hopper, Thomas McGuane, le chanteur de The Doors, Jim Morrison, Richard Hell ou encore Kurt Cobain. Les musiciens Tom Waits, Jerry Garcia, Roy Harper, Ben GibbardBlake Schwarzenbach se revendiquent également de la poésie inspirée de Jack Kerouac.
Le titre du roman de Kerouac "Satori à Paris" a été récemment repris comme nom par un groupe de hip-hop. De même, le personnage principal de 'Sur la route', Dean Moriarty, a inspiré un groupe de country-blues international qui en a fait son nom. Michel Corringe a écrit en 1970 une chanson en l'hommage de l'écrivain, Kerouac Jack qu'il nomme le « papa des beatniks ». Jack Kerouac a par ailleurs donné son nom à la seconde scène du festival des Vieilles Charrues, se tenant chaque année à Carhaix-Plouguer dans le Finistère.
France Culture a réalisé un feuilleton radiophonique de 20 épisodes de Sur la route, dans le cadre de l'émission Feuilleton, diffusé du lundi 25 avril au 20 mai 2005 de 11h à 11h20. Christine Bernard-Sugy a dirigé l'atelier de création alors qu'une nouvelle traduction a été réalisée par Catherine de Saint-Phalle.

Jack Kerouac a passé la majeure partie de sa vie partagé entre les grands espaces américains et l'appartement de sa mère à Lowell dans le Massachusetts. Ce paradoxe est à l'image de son mode de vie : confronté aux changements rapides de son époque, il a éprouvé de profondes difficultés à trouver sa place dans le monde, ce qui l'a amené à rejeter les valeurs traditionnelles des années 1950, donnant ainsi naissance au mouvement des beatniks. Ses écrits reflètent cette volonté de se libérer des conventions sociales étouffantes de son époque et de donner un sens à son existence. Un sens qu'il a cherché dans des drogues comme la marijuana et la benzédrine, dans l'alcool également, dans la religion et la spiritualité (notamment le bouddhisme), et dans une frénésie de voyages.
« Jazz poet » comme il se définit lui-même, Kerouac vante les bienfaits de l'amour (la passion charnelle est pour lui « la porte du paradis »), proclame l'inutilité du conflit armé, quel qu'il soit, et considère que « seuls les gens amers dénigrent la vie ». Jack Kerouac et ses écrits sont vus comme précurseurs du mode de vie de la jeunesse des années 1960, celle de la Beat Generation, « qui a ébranlé la société américaine dans ses certitudes. Elle a directement inspiré aussi bien les mouvements de mai 1968 que l’opposition à la guerre du Vietnam, ou les hippies de Berkeley et Woodstock. Pourtant la Beat Generation a aussi contribué à enrichir le mythe américain. Sur la route, le roman le plus connu de Kerouac, est une ode aux grands espaces, à l’épopée vers l’ouest, à la découverte de mondes nouveaux. »

Jack Kerouac  est né le 12 mars 1922 à Lowell, dans le Massachusetts, et décédé le 21 octobre 1969 à St. Petersburg, en Floride est un écrivain et poète américain.

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