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Dernier d'une famille de dix enfants, le cadet des frères Jones qui ont mené carrière dans le jazz – Hank, le pianiste et Thad, trompettiste et arrangeur – Elvin
Jones a grandi dans un contexte favorable à la musique. De formation autodidacte, il commence à jouer de la batterie à l'âge de treize ans,
travaillant d'arrache-pied à se forger une technique plusieurs heures par jour. En 1946, il s'engage dans l'armée où il accompagne des spectacles dans un orchestre militaire. Libéré en 1949, il
s'immerge dans la scène musicale de Detroit où le bouillonnement créatif est aussi intense qu'à New York. Grâce à la bienveillance maternelle, le domicile des
Jones à Pontiac est l'un des points de rendez-vous de la jeune garde des jazzmen : Elvin y organise tous les lundis des jam sessions que fréquentent, entres
autres, Barry Harris, Milt Jackson, Louis Hayes, Tommy Flanagan, Oliver Jackson, Pepper
Adams, etc. Le week-end, il fréquente, en outre, un bœuf similaire organisé par le guitariste Kenny
Burrell et, avec son frère Thad, s'implique dans l'organisation de concerts. Grâce au batteur Art Mardigan, qu'il remplace dans le quintet du saxophoniste
Billy Mitchell, il devient l'un des membres de l'orchestre maison du Bluebird Inn, l'un des principaux clubs de Detroit
où, pendant trois années, il accompagne les meilleurs solistes de passage : Charlie Parker, Sonny Stitt, Wardell Gray, et, pendant les six mois que celui-ci passe à Detroit, Miles Davis.
Cette expérience lui permet de tisser des liens avec la plupart de ceux qui seront les grands acteurs du jazz dans les décennies suivantes.
Né le 9 septembre 1927 à Pontiac (Michigan, Etats-Unis) ; décédé le 18 mai 2004 à Englewood (New Jersey, Etats-Unis).
Batteur parmi les plus influents du jazz moderne, Elvin Jones a révolutionné la conception traditionnelle de la batterie qu'il a contribué à émanciper de son rôle d'accompagnement. Sa manière de nourrir le flux musical par un jeu basé sur la polyrythmie a révolutionné la technique de l'instrument et permit une expression plus libre qui s'est depuis largement répandue.
En 1953, il va à New York dans l'espoir d'entrer dans l'orchestre de Benny Goodman auquel participe son frère Hank. Essuyant un refus, il est finalement engagé par Charles Mingus dans un quartet que complètent le vibraphoniste Teddy Charles et le saxophoniste J. R. Monterose, groupe avec lequel il fait une apparition remarquée au festival de Newport en 1955. Mingus lui fait connaître Lennie Tristano. Sur la recommandation de Max Roach, il enregistre en trio avec l'un de ses disciples, Lee Konitz. Mingus est aussi à l'origine d'un séjour du batteur à Cleveland où celui-ci joue quelque temps en trio avec Bud Powell. Après son installation à New York au printemps 1956, l'activité professionnelle du batteur se développe : il intègre le groupe de J. J. Johnson (1956-1957), il joue et enregistre avec, entre autres, Kenny Burrell, Tommy Flanagan, Sonny Rollins (pour un fameux engagement au Village Vangard en 1957), appartient au quintet de Donald Byrd et Pepper Adams (1958), accompagne des musiciens plus mainstream tels que le tromboniste Tyree Glenn ou Harry Sweets Edison…
Cette activité débordante et l'affirmation de son jeu qui le place au même rang que Philly Joe Jones ou Art Blakey , lui vaut d'être sollicité par John Coltrane lorsqu'en 1960, le saxophoniste, ayant quitté Miles Davis, décide de former son propre
groupe. Cette association, l'une des plus fortes de l'histoire du jazz, durera cinq ans (hormis une interruption d'avril à octobre 1963) : pendant toute cette période, Elvin Jones contribue à faire du quartet de John Coltrane, qui enregistre et tourne abondamment, l'un des groupes les plus
innovants du moment. Dans le quartet, il est la force motrice qui, entraîne le saxophoniste dans ses explorations modales jusqu'à la saturation et contribue, par l'intensité de sa présence,
à dramatiser chaque interprétation. En cheville parfaite avec le contrebassiste Jimmy Garrison, il impose par sa puissance sans faille une dynamique
..Extension logique de l'influence des batteurs bop (Kenny Clarke, Max Roach, Art Blakey), son jeu produit une texture dense . Avec lui, le rôle du batteur ne se
réduit plus à l'accompagnateur responsable de la 'pulse'. Il s'érige en force motrice, qui transporte le soliste plus qu'elle le supporte . Cette conception nouvelle qui s'élabore à mesure
que Coltrane s'engage de façon de plus en plus radicale dans une quête sonore qui acquiert progressivement une dimension mystique subit un coup d'arrêt,
toutefois, lorsque le saxophoniste engage en 1965, un second batteur à ses côtés, Rashied Ali. Elle ouvre la voie au dérèglement de la pulse qui
caractérise le free jazz auquel Elvin Jones ne se rendra jamais. Parallèlement son jeu lui vaut
d'enregistrer avec de nombreux musiciens : Freddie Hubbard, Joe Henderson, Wayne Shorter,
Grant Green, Andrew Hill, Larry Young (pour la firme Blue Note) ou encore Sonny Rollins, ...
Après avoir accompagné l'orchestre de Duke Ellington le
temps d'une tournée européenne, Elvin Jones travaille quelque temps à Paris (au Blue Note, où il remplace Kenny Clarke) puis, de retour aux Etats-Unis, carrière de leader à la tête de groupes généralement sans piano
et qui associent souvent deux saxophonistes (Joe Farrell et George Coleman, Dave Liebman et Steve Grossman notamment) et
un contrebassiste conséquent. Entre 1968 et 1973, il enregistre neuf albums pour le compte de Blue Note ainsi qu'un concert au Lighthouse en 1972, .Pendant
les années 1970, il dirige ainsi un groupe avec notamment dans ses rangs, les saxophonistes Frank Foster, Azar Lawrence, Pat
LaBarbera, Andrew White ; les contrebassistes Gene Perla, Jimmy Garrison, Wilbur Little et Andy McCloud ; parfois,
un trompettiste ou un pianiste sont ajoutés au groupe qui reste dominé par le batteur et marqué du sceau de l'héritage coltranien. Son activité internationale n'empêche pas Elvin Jones d'enregistrer en sideman avec divers musiciens tels que Phineas Newborn, Art Pepper ou son vieil ami Tommy Flanagan.
Avec le temps, Elvin Jones a consacré dans son propre répertoire une part de plus en plus explicite à la mémoire de John Coltrane, dont il ne renâcle pas à rejouer certaines des œuvres les plus représentatives. Après avoir renoué avec McCoy Tyner au début des années 1980, il part en tournée, en 1987, avec Freddie Hubbard, McCoy Tyner, Reggie Workman et Sonny Fortune au cours de laquelle son groupe interprète en public A Love Supreme. Ses disques sont pleins de reprises émouvantes ,de morceaux que le batteur avait contribué à immortaliser un quart de siècle plus tôt. Sa polyvalence remarquable lui permet aussi bien de faire preuve de la plus grande délicatesse (notamment aux balais) sur des standards au sein du Great Jazz Trio avec son frère Hank Jones qu'une rencontre impromptue avec Cecil Taylor et Dewey Redman.
La création du groupe Jazz Machine dans lequel se retrouvent musiciens expérimentés et artistes nouveaux apparaît comme une prolongation de la mission des Jazz Messengers de son ami Art Blakey décédé en 1990. Elvin Jones poussera de nombreux musiciens dont le talent s'est confirmé depuis : comme, le trompettiste Nicholas Payton, les trombonistes Robin Eubanks et Delfayeo Marsalis, les pianistes Joey Calderazzo, Anthony Wonsey, Carlos McKinney et Eric Lewis, les contrebassistes Andy McKee et Brad Jones et les saxophonistes Javon Jackson, Joshua Redman, Mark Shim et même Ravi Coltrane, le propre fils de John. Jusqu'à sa disparition en 2004, il a continué avec une force intacte de porter la flamme d'une musique bouillante et immortelle.