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Nous avons conservé une image un peu stéréotypée de cette grande artiste qu’était Billie Holiday…Alors qu’elle est pour la postérité une des grandes stars du Jazz,beaucoup continuent de voir en elle une toxicomane victime d’elle-même. Mais ,il ne faut pas oublier la véritable et superbe signification de son irruption sur la scène jazz de la seconde moitié des années 30.

 

Billie Holiday est née le 15 Avril 1915 (selon ses propres déclarations) à Baltimore, fille de Clarance Holiday et de Sadie Fagan (origine Irlandaise) ,elle fut baptisée Eleonora, mais quelques années plus tard elle prendra un nouveau nom, celui de Billie Dove, qui était son actrice de cinéma préférée.

Le père de Billie était musicien, trompettiste,mais à son retour de la guerre après avoir été gazé ,il se mit à jouer de la guitare et travailla dans quelques orchestres de renom dont celui de Fletcher Henderson.

En fait on sait peu de choses de son enfance en dehors de ce qu’elle raconte elle-même dans son autobiographie « Lady sings the Blues »…en fait ce n’est qu’une longue suite d’anecdotes et d’injustices vraiment traumatisantes, dans un contexte de pauvreté et de ségrégation raciale caractéristique de cette époque qux USA.

Cette biographie reflète bien l’amertume ressentie par tout américain qui, partit de rien, réussit à être vraiment quelqu’un dans la vie. Les choses auraient difficilement pu se passer différemment à cette époque à Baltimore, ou le racisme et la discrimination étaient encore plus systématiques que dans d’autres villes US.Il reste que, malheureusement le mythe de Billie Holiday ne se fonde pas seulement sur la vérité des faits, mais aussi et surtout sur leur interprétation par un public demandeur d’idoles et auquel elle servit sur un plateau avec une candeur naïve, les ingrédients du meilleur remède qui soit pour apaiser les consciences : la compassion…

Selon son histoire,en échange de menus services qu’elle rendait à la tenancière d’un bordel près de chez elle, on l’autorisait à passer des disques sur le phonographe du salon…C’était le seul endroit où elle pouvait écouter 2 de ses idoles Bessie Smith (dont elle admirait la voix et le volume sonore) et Louis Armstrong dont elle admirait le feeling …ce qui fut dans la forme (plus que dans le fond) la base de son inspiration Jazz.

Tout commencera vraiment en 1930 à New-York ...Dans l’été 1927 après 4 mois de prison pour prostitution. Un soir alors qu’elle cherchait du travail, elle se présenta comme danseuse dans un ‘speakeasy’très célèbre pour les pianistes qui s’y produisirent le « Pod’s & Jerry’s ».

Le pianiste Dick Wilson qui jouait là à cette époque remarqua vite qu’elle n’avait rien d’une danseuse et lui demanda si elle savait chanter ..Billie ne connaissait qu’une chanson à l’époque « Travellin’ »…qu’elle assura du mieux qu’elle put et cette nuit là «  the voice of Jazz » comme on l’appellera ensuite, est née.

Les autres artistes du ‘Pod’s & Jerry’s’ ne comprenant pas bien Billie Holiday, la considèreront hautaine et arrogante, ce qui lui vaudra les surnoms de ‘duchess’ puis celui de ‘Lady day’ qu’elle gardera toute sa vie. Mais ce speakeasy ne fut pas le seul endroit où elle se produisit ; elle travaillera aussi au ‘Yeach man’ ,au ‘Dickie Wells’ ,au ‘Monette’s’…etc…c’est dans ce dernier clubque le critique et producteur John Hammond découvre Lady Day.

 

L’intérêt que suscite Billie Holiday auprès des jazzmen mais aussi du public ne cesse de croître et John Hammond devient son propagandiste ,il lui fera connaitre Benny Goodman (avec qui elle aura une liaison) ,la chanteuse Mildred Bailey, le vibraphoniste Red Norvo et l’impresario d’Armstrong ,Joe Glaser.

A la fin de 1933, Hammond la fait enregistrer chez Columbia comme chanteuse d’un orchestre dirigé par Benny Goodman .cette séance a lieu le 27 Novembre 1933.c’est le premier contact pour Billie Holiday avec un studio et aussi la première fois que Benny Goodman engage des musiciens noirs dans sa formation…Billie chantera un seul titre « mother’s son in law »…sans grand résultat…Dix-sept mois plus tard elle entre de nouveau en studio ,elle chante sans relâche dans des clubs de Harlem avant de débuter en avril 1935 à « Appolo Theater » le temple du jazz…Succès immense pendant sa semaine de représentation, elle obtient de nouveaux contrats  avant de partir pour la Californie.

 

La véritable Billie Holiday va se révéler pendant les enregistrements pour Brunswick (Columbia)…période faste pour la chanteuse et aussi pour les boites et les cabarets qui naissent partout .

 

Elle entre comme chanteuse dans la formation du pianiste Teddy Wilson lequel racontait :

« ..ces sénces étaient le fruit d’une étroite collaboration entre Hammond et moi-même .Je choisissait le personnel ,Basie ,lester Young ,Buck Clayton ,Jo Jones et autres…ou Ellington..Je recherchais les meilleurs et dans le studio il y avait toujours une super ambiance.. !. »

La 1ère séance se déroule  le 2 Juillet 1935 avec Teddy Wilson,Roy Eldridge,le ténor Ben Webster,benny Goodman, Cozy Cole et John Truehart…le succès est suffisant pour que la chanteuse se lance de 36 à 42 sous son nom dans une longue série d’enregistrements avec de petites formations.

La 2ème consécration de Lady Day arrive lorsqu’elle commence à travailler avec les musiciens de Count Basie en 1937..Si l’année précédente,notamment sur « I cried for you » elle a fait appel à d’éminents instrumentsistes de Duke Ellington (Johnny Hodges alto et Harry Carney Baryton) ce seront les sidemen de Basie qui marqueront de leur influence les sessions de Billie Holiday.

Mais John Hammond sait que sa protégée veut encore évoluer et ce, en ayant recours aux services du trompettiste Buck Clayton et du ténor Lester Young qui aux côtés de Jo Jones , du bassiste Walter page et du guitariste Freddie Green permettront à Billie d’enregistrer le très symbolique « I must have that man ».  Car il s’agit bien d’un instant historique si l’on sait que ce jour-là Billie et Lester Young collaborent pour la première fois…une histoire d’amour passion déchirante et des plus décadentes du Jazz.

Dès leur rencontre une immense sympathie s’est créée entre ces deux artistes,avec une compréhension instictive et au-delà d’une simple relation de travail,beaucoup plus profonde.

Fumer de l’herbe aussi les rapproches et établit une affinité quasi palpable sur « This years kisses »…lorsque juste après le solo de Lester,elle prolonge l’atmosphère créée par le saxophoniste en continuant ses explorations harmoniques. Ils vont travailler énormément ensemble et construire un monde qui leur est propre ,monde de style , avec des contrechants très subtils aux mélodies « She’s funny that » en 1937. Sur «  the very thought of you » enregistré le 15 septembre 1938 en revanche,c’est la voix de Billie,fluide comme un saxo,qui crée le langage et le climat d’où s’élève ensuite l’incomparable solo de Lester Young.

Elle veut que sa voix sonne comme un instrument ,tandis que Lester cherche à ses interventions une expression’vocale’. Ils partagent la même conception du rythme et des phrases aériennes ,il en résulte un swing plus léger, plus original et plus frais.Ils ont aussi l’un et l’autre l’art de restructurer la mélodie et reconvertissent ainsi les thèmes qu’ils interprètent.

Retiré et mal compris Lester est une étoile solitaire,Billie quand à elle traine un passé lugubre et un éternel complexe d’infériorité…l’un et l’autre pour s’échapper se réfugient dans l’alcool et la drogue…ils sont les créateurs d’un univers extrêmement particulier..celui des marginaux.

Bien que peu nourrie aux sources du blues,Billie applique un certain feeling blues à ses chansons..parsemées de sous-entendus. Elle règnera peu à peu en maîtresse sur ses enregistrements,tandis que lester Young ne fera que de brèves apparitions au studio.Billie est éprise du pianiste Sonny White auquel elle a souvent recours pour l’accompagner et Roy Eldridge revient au tout premier plan avec Benny Carter.


Dans la 2ème moitié dees années 30,Billie enregistre le meilleur de son œuvre et le succès va grandissant dans le monde du Jazz et de la musique en général..Elle se produit au « Connie’s Inn » dans la revue « Stars over Broadway »,mais suite à un empoisonnement elle cède sa place à son idole la chanteuse de blues Bessie Smith.

Son passage avec l’orchestre de Fletcher Henderson au ‘Grand Terrace’ de Chicago n’enthousiasme pas le propriétaire du lieu qui décide de la faire remplacer (comme Lester Young 2 ans auparavant avec le même orchestre).

Quand lady Day entra dans l’orchestre de Count BasieLester Young jouait également,marque ses débuts réels dans le meilleur big band de l’époque .Ils jouaient à Scranton ,une petite ville près de New-York…Basie adorait Billie et a toujours regretté de n’avoir jamais pu enregistrer avec elle car ils faisaient partie de 2 maisons de disques différentes…Les seuls témoignages dont on dispose de Basie et Billie Holiday proviennent d’émissions de radio enregistrées live en 1937 au ‘Savoy Ballroom’ à harlem…et grâce à cela les thèmes « They can’t take that away from me » et « I can’t get started » sont passés à la postérité…Mais la dureté des tournées,les réticences de Billie à chanter le blues (pourtant la base du répertoire de l’orchestre de Basie) et le manque d’argent incitent Lady Day, en Février 1938 à quitter le Big Band…et à dire vrai ce n’est pas le manager de basie Willard Alexander qui s’en plaindra ,il disait d’ailleurs : « …C’est grâce à john Hammond si Billie a travaillé avec basie et c’est encore grâce à lui que Basie l’a gardée…sans hammond ,Billie aurait dû partir 6 mois plus tôt…une grande artiste ,mais qui ne chantait bien que lorsqu’elle se sentait bien…on ne pouvait pas vraiment compter sur elle… »


En 1938 Billie Holiday apparait à Boston dans l’orchestre dArtie Shaw…pour des raisons similaires à celles de Basie ,Bille ne pourra enregistrer avec le clarinettiste ,sauf une session exceptionnelle le 24 Juillet 1938 où elle enregistrera avec lui le superbe « Any old time ». Artie était fan de lady day depuis le début…il en suivit une superbe interprétation de « summertime » ce n’est pas un blues mais par magie elle réussit à l’imprégner de blues.

Pas mal de difficultés surviendront avec l’orchestre d’Artie Shaw ,l’impossibilité d’enregistrer car venant de 2 maisons de disques différentes,le style ‘révolutionnaire’ de la chanteuse suscite quelques réticences d’un certain public plutôt porté par les divertissements à la mode…sans parler de la couleur de sa peau…une noire dans un orchestre de blancs était très inhabituel à cette époque…Shaw (qui en avait conscience) prenait un risque en engageant Billie….et les réactions ségrégationnistes se multiplient ,elle est même interdite de bar et de restaurant au ‘Lincoln Hotel’ de New-York…affaire qui eut de sérieux retentissements (bizarre quand même cet établissement porte le nom de Lincoln .. !!..sic !).

Antiraciste,Artie Shaw prendra chaque fois la défense de Billie Holiday face à l’intolérance raciale,mais ne pourra éviter que la chanteuse,fatiguée,lassée,ne le quitte en Novembre 1938.En fait selon ce que Billie confia à un journaliste de DownBeat ,elle aurait quitté les orchestres de Basie et de Shaw à cause de leurs managers,trop nombreux pour son goût et qui passaient leur temps à lui dire ce qu’elle devait faire.

Mais John hammond encore une fois va aider Lady day en l’introduisant dans le milieu intellectuel New-yorkais,car victime d’un côté et avant-gardiste de l’autre,Billie est une idole en puissance pour une certaine intelligentsia américaine.

Hammond la fait engager par Burney Josephson le patron du ‘cafe society Downtown’ ,établissement multiracial qu’il avait créé car il détestait le Cotton Club où seuls les blancs pouvaient entrer….Billie est accueillie à bras ouverts et c’est dans ce café que Lewis Allen lui présente le poème « Strange fruit » elle le chantera sur place pour la première fois.

 

Cette chanson fut enregistrée pour Commodore en avril 1939 , avec Sonny White au piano ,Tab Smith à l’alto et le trompettiste Frankie Newton (lequel influencera politiquement la chanteuse).

Billie Holiday est enfin reconnue comme un très grande chanteuse et se met à écrire plusieurs titres comme « long long blues » et «Fine & mellow »…également des ballades qu’elle co-signera avec Arthur herzog comme « God bless the child » et « Don’t explain ».Beaucoup d’innovation et une sensation d’improvisation permanente.

Elle repart en 41-42 jouer en californie au ‘Trouville’ le club de Billy Berg et c’est là qu’elle flirte avec la drogue dure et entame une déchéance irréversible.Elle continue tant bien que mal à enregistrer et elle est élue meilleure chanteuse devant Ella Fitzgerald et Mildred Bailey.
 

Norman Granz l’engage et l’appuie ,il agira de la même manière avec Lester Young.

Après plusieurs cures de désintoxication,elle récidive ,a des démélées avec la justice ,9 mois de prison…A sa sortie elle travaille avec Miles Davis puis retrouve Lester en 1951.
 

Elle enchaine les clubs puis une tournée en Europe en 1954 et en 1956 elle est au top de sa notoriété.

 

  Le 31 Mai elle sombre dans le coma et décède le 17 Juillet 1959.

 

 

 
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