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Né à Los Angeles le 20 juin 1928, le saxophoniste, flûtiste et clarinettiste Eric (Allan) Dolphy
est reconnu comme l’un des «monuments » du jazz.
A partir de 1958, il se fit connaître dans l’orchestre de Chico Hamilton et jusqu’à sa mort, survenue six ans plus tard à Berlin le 29 juin 1964, alors qu’il
n’avait que 36 ans, Eric Dolphy ne cessa de jouer et d’enregistrer avec les plus grands jazzmen : John Coltrane, Max Roach, Oliver Nelson,
Herbie Hancock, Lionel
Hampton, Gunther Schuller, George Russell, Ken McIntyre,.. etc...
Eric Dolphy apprend la clarinette à 8 ans et le saxophone
à 15 ans. Il commence sa carrière en 1948, en se produisant dans des orchestres de be bop comme les Roy Porter's 17
Beboppers, mais ne commence à se faire réellement connaître que vers 1958, année où il est engagé par le batteur Chico Hamilton. Hamilton dirige à l'époque une petite formation assez atypique, incluant guitare et violoncelle, qui joue une musique assez expérimentale. C'est
ensemble qu'ils joueront le magnifique Ellington Suite. Mais le jeu de Dolphy ne plaira pas au producteur qui demandera son
remplacement .
En 1959, il rejoint le Workshop du contrebassiste Charles Mingus où, plus encore que chez Hamilton, Dolphy peut se livrer à ses audaces musicales...Les années 1960 et 1961 furent les plus fertiles pour Dolphy. En 1960, il participa
avec Charlie Mingus au 1er festival d’Antibes. La même année, il « improvisa » avec Ornette Coleman le révolutionnaire « Free
Jazz ». Dolphy monta son propre quintette, entre autres avec Booker Little puis avec Freddie Hubbard.
Toujours En 1960, il enregistre, avec le double quartet dirigé par le saxophoniste
Ornette Coleman, l'album Free jazz, véritable manifeste de l'avant-garde du jazz de
l'époque.
De 1960 à 1964, on peut l'entendre dans une multitude de formations. Par exemple avec John Coltrane (comme membre du quintet, mais aussi comme arrangeur
de l'album Africa/Brass), George Russell, Gil
Evans, John Lewis, Oliver Nelson, Booker Little ou Andrew Hill.
Il enregistre des albums remarquables sous son nom où, outre ses qualités d'instrumentiste, il prouve qu'il est aussi un excellent compositeur : Outward Bound (1960), Out
There (1960), At The Five Spot (1961), Out To Lunch ! (1964) le disque
" Out to Lunch ! " compte parmi les disques les plus audacieux du catalogue Blue Note. Au-delà de la musique, il contient un
message, le testament d’Eric Dolphy qui ne put aller plus loin dans son parcours et achever ce qu’il avait commencé...etc...
Il meurt d'une crise cardiaque, consécutive à un diabète, à l'âge de 36 ans.
Selon certains critiques, Eric Dolphy est dans l'histoire
du jazz un « passeur ». En effet, ce multi-instrumentiste est un des musiciens qui ont rendu possible le passage du be bop au free jazz en cassant le cadre du
« solo tonal » et en tournant définitivement le dos au « beau son »C'est également l'un des premiers jazzman à s'être détourné du thème, et notamment à penser
l'improvisation de manière indépendante d'un thème.
Eric Dolphy s’exprimait-il différemment sur ses instruments ? Selon les
uns, il était lyrique mais relativement classique à la flûte, il laissait libre cours à son imagination au saxophone alto et plus encore à la clarinette
basse. Pour d’autres, il n’est pas vrai qu’il joue diversement à la flûte, l’alto, la clarinette basse ou la clarinette en si bémol ...mais il y aurait en lui une dualité
fondamentale profonde qui dépasserait le cadre du registre ou de la sonorité propre à tel ou tel instrument : une double et contradictoire aspiration dans son discours musical l’amènerait à bâtir
et à détruire à la fois.
En rupture complète, il en arrive à jouer seul, ainsi dans God Bless the child, tant il dépasse les limites formelles et esthétiques. Son jeu se caractérise par des contrastes saisissants, des
dissonances et des sautes brusques de l’extrême grave à l’extrême aigu, l’usage de micro-intervalles (quarts de ton), que Dolphy dit emprunter aux oiseaux.
Avec une immense liberté mais proche aussi du chaos, son radicalisme le conduit parfois jusqu’aux limites du silence.
George Lane, crédité à la flûte et au saxophone sur
l'album de John Coltrane Olé Coltrane n'est en réalité qu'un pseudonyme derrière lequel se cache Eric
Dolphy.
Le jeu de Charlie Haden est caractérisé par une retenue remarquable. Il ne met pratiquement jamais en avant sa technique instrumentale qui, sans être virtuose, est néanmoins solide. Au contraire, il tend à trouver la solution la plus
simple à chaque situation musicale donnée. De ce fait, il va à l'encontre des usages de la scène jazz habituelle, où la maîtrise technique de l'instrument occupe
parfois une place disproportionnée dans le jugement porté sur un musicien. Mais Haden, tout comme le pianiste Thelonious Monk, inspire le respect par son rejet de la technique ..Quoique
parfois considéré comme « pratiquement autodidacte » malgré ses études de musique, sa connaissance intime de l'instrument lui confère une « autorité musicale,
quels que soient le contexte stylistique et la formation musicale l'installe immanquablement en position de soliste-leader »
Charles Edward « Charlie » Haden, né le 6 août 1937 à
Shenandoah dans l'État de Iowa, est un contrebassiste de jazz, compositeur, et chef d'orchestre américain. Il se fait connaître comme membre du quartet du saxophoniste alto et pionnier du free
jazz Ornette Coleman à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Quelques années plus
tard, il fait partie du premier trio du pianiste Keith Jarrett, et commence à réunir ses propres formations, dont
certaines se sont révélées d'une grande longévité. Un jeu caractéristique, une simplicité appuyée, et un son marquant ont fait de lui un créateur de style parmi les contrebassistes du jazz contemporain. Artiste engagé, Charlie Haden est connu pour avoir régulièrement
pris position sur divers problèmes de société...
Charlie Haden est originaire du Middle West américain — il
passe son enfance et son adolescence dans la petite ville de Forsyth (Missouri) —, ce qui le marque de manière précoce et durable. Sa famille de musiciens se produit
régulièrement sur une antenne dans une émission intitulée : le Haden Family Show. Dans cette émission, le jeune Charlie fait sa
première représentation en tant que chanteur à l'âge de 22 mois ! Au milieu du xxe siècle et particulièrement dans les régions « provinciales » des États-Unis, ce début de carrière très précoce
n'était pas totalement inhabituel : le contrebassiste Oscar Pettiford, né dans une réserve indienne de l'Oklahoma, a fait ses débuts de façon similaire. La
formation familiale des Haden interprète surtout des chansons dans le style « Country & Western », matériau musical que Haden continue d'utiliser jusqu'à l'époque actuelle. À l'âge de 14 ans, il contracte une forme légère de poliomyélite qui endommage de manière irréversible sa gorge et ses cordes vocales. La structure mobile de la formation
familiale lui permettra alors de tenter plusieurs expérimentations avec différents instruments comme alternative au chant, mais il ne choisira la contrebasse comme instrument principal qu'à l'âge
de 19 ans.
Après un temps passé au conservatoire d'Oberlin (Ohio), Haden déménage en 1957 à Los Angeles en quête d'un enseignement formel de son instrument. À cette période il témoigne déjà
d'un intérêt certain pour la musique improvisée contemporaine, ce qui explique le choix de la métropole sud-californienne dont la scène jazz était alors très vivante. Parallèlement à des
études instrumentales au Westlake College of Music de Los Angeles, Haden prend des cours particuliers avec
Red Mitchell qui est à cette période l'un des contrebassistes solistes les plus renommés de la côte ouest américaine. Scott LaFaro étudiait également à Westlake à la même période, et prenait aussi des cours avec Mitchell ; ils partagèrent un appartement pendant quelques mois. Haden et
LaFaro sont considérés, chacun à sa manière, comme deux pionniers de l'émancipation de la contrebasse jazz des années 1960.
Bien qu'encore novice à la contrebasse, c'est sans grande difficulté que
Charlie Haden se fait une place sur la scène jazz de Los Angeles. Cette intégration rapide est rendue possible grâce à une expérience professionnelle
déjà solide, un sens aigu de la mélodie et une grande assurance rythmique. En quelques mois, il obtient des engagements avec de grands musiciens de jazz de la côte ouest comme Dexter Gordon, Hampton Hawes, ou Art Pepper (Living
Legend (1975), Art 'N' Zoot (1981)). Mais ce sont les jam sessions du dimanche au 'Hillcrest Club' qui se révèleront particulièrement importantes pour l'avenir de Haden, car il y rencontre les membres du futur quartet du saxophoniste Ornette Coleman : le trompettiste Don Cherry et le batteur
Billy Higgins. Si ces deux musiciens, comme Haden lui-même, étaient considérés comme des nouveaux-venus ambitieux, la scène californienne était beaucoup plus
réservée à l'égard de Coleman, en raison de son jeu peu conventionnel et techniquement peu convaincant. Mais les quatre musiciens répètent régulièrement, et Lester
Koenig, le patron de Contemporary Records se laisse convaincre par Red Mitchell de
réaliser un enregistrement de Coleman ; cependant on ne retrouve pour ces enregistrements qu'une partie du quartette régulièrement établi (sans Haden). Coleman expliquera l'échec artistique de
ces premières productions par l'absence d'un bassiste convenable. Quand le quartet se produit finalement sur la côte est, Coleman parvient à imposer le choix de
Haden pour les enregistrements chez Atlantic Records,
bien que ce dernier soir alors un inconnu. Les résultats musicaux seront concluants :
« Haden est, dit Leonard Feather, un bassiste participatif
plutôt qu'accompagnateur. Il suit les lignes des soufflants indépendamment des points de vue de l'harmonie tonale et leur fournit — en jouant de préférence dans les positions graves — une base
qui permet aux improvisateurs de suivre des lignes d'une grande liberté, mais qui offre en même temps un point d'ancrage et un cadre. Les albums The Shape of Jazz To Come et Change of the Century
font partie des productions les plus abouties du quartet. »
Coleman lui-même est très conscient de l'importance de Haden dans la
réussite de son concept artistique. Outre la grande liberté qu'il laisse à son contrebassiste, il le place au premier plan sur le morceau The Face
of the Bass de l'album Change of the Century déjà mentionné, et ajoute le commentaire suivant sur la pochette
:
"..Il est rare de rencontrer, chez quelqu'un d'aussi jeune, une maîtrise si complète de la basse « moderne »
: mélodiquement indépendant et non-tonal.. »
C'est à cette époque et autour de cette formation « baroque » dite du « double-quartet », que Haden participe à
l'enregistrement d'un album jalon au point d'avoir marqué d'un nom le jazz de cette époque : « Free Jazz: a collective improvisation ». Une
distribution définitive pour un enregistrement « à dispositif », puisque chaque quartet est enregistré sur un des deux canaux monos, dans le contexte experimental de la généralisation de la
stéréo. Haden partage le canal de droite avec Ed Blackwell, Freddie
Hubbard et Eric Dolphy. Sur le canal gauche, son homologue et ancien roommate Scott LaFaro tient la basse d'un
autre quartet avec Billy Higgins, Don Cherry et Coleman lui-même.
Le quartet qui succède à l'expérience rencontre un succès foudroyant, alors
que dans ce milieu et à cette époque, l'usage de drogue se répand. À l'exception de Coleman lui-même, tous les membres du groupe sont en lutte avec des problèmes de drogue, ce qui finit par poser
des problèmes de fiabilité face aux engagements professionnels. Jusqu'à sa déliquescence complète en 1961 (année de la mort accidentelle de Scott LaFaro) et
1962. Sous la pression de Coleman entre autres, Charlie Haden suit plusieurs cures de désintoxication, avant d'être contraint de se retirer presque totalement
de la scène pendant quelques années. Parvenant à réchapper de son addiction, ce n'est qu'en 1968 qu'il retrouve Ornette Coleman, et se produit avec lui au festival
de Monterrey et dans divers clubs en Europe, notamment au sein d'un groupe comportant deux contrebassse, l'autre étant tenue par David Izenzon.
Après être venu à bout de de son addiction à l'héroïne, Haden s'établit à New York en 1966. Entre temps, les partis-pris esthétiques avaient radicalement changé dans la métropole du jazz : le free jazz est la musique « du jour » et, outre un nombre important de jeunes musiciens (comme Archie Shepp et Albert Ayler), beaucoup de musiciens confirmés se reconnaissent dans ce genre. À cette époque, Haden participe à
la plupart des rencontres et enregistrements du collectif d'avant-garde fondé par Bill Dixon : le Jazz Composer's
Orchestra .
Dans le contexte de l'évolution du jazz mainstream plus ancien vers l'avant-garde, le saxophoniste ténor
John Coltrane occupe une place particulière de « passeur ». Le contrebassiste de Coltrane,
Jimmy Garrison avait développé un style qui présente beaucoup de points de ressemblance avec celui de Haden. Coltrane
meurt à l'été 1967 ; Haden n'ayant eu que peu d'occasions de jouer avec lui. Cependant, la veuve de Trane, la pianiste et harpiste Alice Coltrane, charge
Haden d'ajouter quelques parties de contrebasse sur des enregistrements tardifs de son mari, en overdub. Des titres comme Peace On
Earth témoignent du caractère de recherche spirituelle de la dernière phase créative de l'œuvre de Coltrane, qui influencera Haden comme tant de
musiciens de cette génération.
Dans les mois qui suivent la mort de Coltrane, un vent de rébellion souffle sur la
sous-culture de l'avant-garde new-yorkaise. Les prises de positions politiques et les exigences de changement social font leur entrée dans le travail musical des jeunes artistes ;
il y a une solidarité avec le mouvement des droits civiques, très à gauche ; on critique la politique extérieure du gouvernement américain, particulièrement
au Viêt Nam et en Amérique latine. Le Liberation Music Orchestra, créé par Haden et la pianiste Carla Bley en 1969, existe encore de nos jours et formule – avec des équipes variables et des
directions stylistiques diverses – des protestations musicales dirigées contre certaines injustices sociales aux États-Unis. En 1971, Haden interprète le titre Song for Che, extrait du premier album de la formation, alors qu'il est en déplacement au Portugal. Au cours de l'introduction du morceau, il le
dédie aux opposants au régime totalitaire de Marcelo Caetano. Il sera ensuite arrêté et interrogé par la police secrète DGS.
Mais Haden ne se préoccupe pas seulement des « grands » thèmes politiques de l'époque ; il se fait également
l'avocat des droits des animaux. En 1979, il enregistre Song for the Whales, une composition de sa fille Petra. Il met également sur
pied un projet pour la recherche et le traitement des acouphènes, étant personnellement touché par le problème.
En 1972, il collabore à la musique du film Le Dernier Tango à
Paris composée par Gato Barbieri.
Entre 1975 et 1976, Haden enregistre une série de duos avec ses «
interlocuteurs favoris » tels que : Alice Coltrane, Keith Jarrett, Ornette Coleman, Archie Shepp, ou Paul Motian).
À partir de la fin des années 70, Haden enregistre régulièrement pour le label munichois ECM du producteur
Manfred Eicher qui est également contrebassiste. En particulier, ECM produit deux albums issus de la collaboration entre Haden, le saxophoniste norvégien Jan
Garbarek et le guitariste brésilien Egberto Gismonti (Magico et Folk Songs),
The Ballad of the Fallen du Liberation Music Orchestra, ainsi que deux disques de Pat Metheny où Charlie
Haden est sideman.
En 1979, Haden quitte New York pour revenir à Los Angeles où il rencontre sa
deuxième femme, Ruth Cameron, à qui il dédie de nombreuses compositions, notamment First Song, qu'il interprète encore
régulièrement. Haden désigne la ville de Los Angeles comme une source d'inspiration, qu'il voit essentiellement comme la Angel City de sa jeunesse, telle que dépeinte (et souvent transfigurée)
dans les romans de Raymond Chandler. Les années 1980 étendent finalement la réputation de Haden bien au-delà du domaine du jazz d'avant-garde, et il participe à des projets avec des musiciens
comme Michael Brecker, John Scofield, Chet Baker ou encore
Dino Saluzzi.
Le festival International de Jazz de Montréal l'honore en 1989 de manière
particulière : il se produit chaque soir du festival avec une formation différente, et parmi ses partenaires musicaux de cette semaine figurent beaucoup d'anciens compagnons de route. Les
concerts sont tous enregistrés et disponibles sous les titres The Montreal Tapes chez Verve Records et
In Montreal chez ECM.
L'activité artistique de Charlie Haden est marquée par les
difficultés que lui causent ses acouphènes. Il fait face à ce problème de diverses manières : des bouchons d'oreille spécialement confectionnés pour supprimer
certaines fréquences sensibles, ainsi que des parois mobiles de plexiglas derrière lesquelles il s'abrite pendant les concerts à fort volume sonore. La tendance à tenir un propos musical
minimaliste – une caractéristique générale du style « hadenien » – arrive à maturité vers 1990.
Formé en 1968, le premier trio du pianiste Keith Jarrett est le fruit de la
rencontre de trois musiciens qui participèrent respectivement à des formations très significatives dans les années 1960. Haden était connu pour sa collaboration avec Coleman, Paul Motian avait été le batteur du trio de Bill Evans , et le leader
Jarrett avait fait fureur deux ans auparavant dans le groupe du saxophoniste Charles Lloyd avec sa forme précoce
d'ethno-jazz. Le trio se distingue tout d'abord par un éclectisme esthétique prononcé qui va marquer durablement ses musiciens. Le répertoire du groupe
comprenait des titres inhabituels pour une formation de jazz à cette époque, comme des reprises de Bob Dylan (My
Back Pages, Lay Lady Lay). Le trio continue jusque vers le milieu des années 1970, puis Jarrett se concentre davantage sur son travail en solo, et son quartet « européen »
(avec Jan Garbarek, Jon Christensen, et Palle Danielsson). La formation est fait régulièrement intervenir des musiciens supplémentaires, comme (sur la recommandation de Haden) le saxophoniste
Dewey Redman qui participe en 1976 au dernier enregistrement commun : The Survivors' Suite.
Liberation Music Orchestra est le nom que se donne le collectif constitué
initialement de 13 musiciens de free jazz lors de sa constitution en 1969. En effet, une grande partie du répertoire, composé essentiellement par Haden et arrangé par Carla Bley , est formée de « chants de libération » de
différents pays et différentes époques, en particulier des chants populaires liés à la guerre d'Espagne, la libération portugaise, aux luttes politiques au Chili et au Salvador. Le groupe
poursuit son activité sur ces bases, même si la liberté stylistique est assez grande et la formation de taille et de composition variable. C'est la première
fois que Haden se soumet durablement aux exigences du jeu en grande formation. Une autre nouveauté est l'utilisation de musique pré-enregistrée de musiciens étrangers (par exemple
Song For Che et Circus '68/'69). Il recourra souvent par la suite à
cette technique de collage : pour quelques albums en studio du Quartet West (Haunted
Heart, 1991).
Pat Metheny avait déjà rendu hommage à la musique d'Ornette Coleman dans son premier album sous son
nom (Bright Size Life, 1975). Dans les années qui suivent, Metheny enregistre régulièrement des titres de Coleman (et même, en 1985, avec la participation du
maître en personne) et à ces occasions, il s'enquiert de la possibilité d'une participation de Haden. Les deux musiciens invoquent aussi leurs origines communes dans
l'État du Missouri comme explication du profond accord esthétique qui règne entre eux. L'album Beyond The Missouri Sky de 1997, qui
reflète l'esprit de la musique de l'Amérique rurale, est considéré comme un résultat particulièrement réussi de cette collaboration, qui rencontre un succès commercial inhabituel pour un album de
jazz, et l'approbation quasi-unanime de la critique. L'album obtient en 1997 un Grammy Award en tant que meilleure performance instrumentale de
jazz.
Le Quartet West naît au milieu des années 1980 sous
l'impulsion de l'épouse et productrice de Haden, Ruth. Comme l'indique le nom de l'ensemble, l'idée originelle était de réunir une formation de musiciens de haut
calibre résidant comme Haden en Californie, c'est-à-dire sur la côte ouest américaine. Outre Haden, les membres fondateurs sont le pianiste néo-zélandais Alan
Broadbent (qui signe aussi les arrangements) et le saxophoniste ténor Ernie Watts. Tous deux font encore partie de la formation aujourd'hui. Le batteur
initial Billy Higgins est remplacé en 1988 par Larance Marable. Le Quartet
West s'inscrit dans une forme de classicisme équilibré qui rend cette formation particulièrement attrayante pour le grand public. Les
productions du quartet offrent (entre autres au moyen de collages sonores) de nombreuses évocations cinématographiques, littéraire, ou en référence à la scène jazz du milieu du xxe siècle. Fortes
d'implications extra-musicales, ces évocations relèvent parfois de la musique à programme
Avec Ron Carter et Red Mitchell, Haden fait partie des bassistes qui recherchent le défi et l'intimité du duo. L'album Closeness de 1976 propose des enregistrements en duo avec quelques-uns des partenaires musicaux les plus importants de Haden à cette époque (Jarrett, Motian, Coleman et Alice Coltrane). Outre cet album, les enregistrements avec Denny
Zeitlin et Kenny Barron sont généralement considérés comme particulièrement
réussis.
À côté de formations plutôt conventionnelles – comme la formation avec la pianiste Geri Allen et Paul Motian, des
saxophonistes comme Joe Henderson et Lee Konitz ou encore une fois Pat Metheny à la
guitare –, Haden travaille aussi avec des formations plus originales. La coopération avec Jan Garbarek et le multi-instrumentiste brésilien Egberto Gismonti a été très saluée, surtout en Europe. Depuis les années 1990, Haden développe, en collaboration avec des musiciens comme Gonzalo Rubalcaba et David Sánchez, une conception personnelle du latin jazz, également influencée par la musique de chambre..