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Mercredi 23 avril 2008 3 23 /04 /Avr /2008 16:08
Parmi les véritables créateurs de Jazz ,Benny Carter est l’un de ceux dont nous avons le mieux saisi la personnalité .Alors que l’on dit volontiers de Duke Ellington qu’il est distant ,ironique ,de Count Basie qu’il est renfermé ou de Dizzy Gillespie ,qu’il est toujours prêt pour une bonne ‘déconnade’ (et je ne vous cite pas nombre de boppers ,tels que Charlie Parker ,Bud Powell ou Monk qui , et c’est le moins que l’on puisse dire ,n’eurent pas une bonne réputation) ,on considère Benny Carter « the King » comme un musicien archi-équilibré ,appliqué ,minutieux ,comme un artiste qui s’intéresse à tout ce qui l’entoure – à commencer ,bien sûr par les hommes .Cette fascination pour le genre humain a été et demeure l’essence même de son existence ;elle explique aussi son magnétisme ,sa bonne humeur ,son ouverture d’esprit que les ans n’ont jamais entamés…Tous ceux qui ont approché Benny Carter disent de lui qu’il était un homme affable qui a toujours su où il allait.

Calme ,une voix pausée n’excluent pas ,naturellement ,une grande force de caractère . Cet homme qui ,aux dires de certains de ses proches ,aime à se lever dès 7h du matin (ce qui ,notons le en passant ,n’est pas  dans les habitudes de la plupart des jazzmen !) ,a toujours dirigé ses orchestres , d’une main de fer dans un gant de velours .

Si ses sidemen ,à l’unanimité,ont été honorés de jouer à ses côtés ,ils n’ont pas pour autant caché la forte personnalité de leur leader .C’est à dire ,que Benny Carter entendait ,dans toutes les situations ,rester le maître des décisions à prendre et ne tolérait guère que quelqu’un puisse décider à sa place. A ce sujet son vieil ami Doc Cheatham a été clair  en déclarant que ‘benny est un homme distingué ! mais vaut lieux pas le fâcher !...et parmi les musiciens de jazz ,il n’est certainement pas le seul comme cela .

Benny Carter passe à juste titre ,avec Johnny Hodges ,pour le plus grand saxophoniste alto de l’époque classique…c'est-à-dire avant l’apparition sur la scène Jazz d’un certain Charlie ‘bird’ Parker ….Carter avait révolutionné le jeu et la sonorité de l’alto dans le Jazz…loin du style de la nouvelle-Orléans.

Benny Carter est un styliste d’une grande pureté doublé d’un compositeur-arrangeur de grande envergure…une musique élégante ,sophistiquée même ,parceque à la richesse rythmique de ses thèmes ,il ajoute la précision.
Benny est né à New-York le 8 Août 1907 ,ses parents y avaient émigré de Virginie .Benny grandit dans le Bronx  puis à Harlem . Il  était fils de musiciens amateurs et grace à sa mère Benny apprend le piano puis ,à l’école le cornet et le saxo .


Sa vie de musicien débute réellement en 1923 lorsqu’il est recommandé à l’orchestre du Connors Inn pour assurer un remplacement …son jeu séduit aussitôt et si bien qu’il travaille très vite pour William Basie (pas encore baptisé ‘count’) puis pour Willie ‘the lion’ Smith .Il travaille à partir de là avec de nombreuses formations notamment avec Charlie Johnson ,de Fletcher Henderson puis de Duke Ellington ou encore de Don Redman….Benny est devenu un soliste admiré et aussi un arrangeur digne d’éloges ,sa mise en valeur des saxophones dans un ensemble enthousiasme tous les chefs d’orchestres. Ses enregistrements de la fin des années 20 témoignent de ses talents d’arrangeur .Des sessions avec Chu Berry ,sid Carlett ,Spike Hughes ,Coleman Hawkins ,benny Goodman ,Charlie Barnet ,Gene Krupa ou Glenn Miller…etc…etc…il est devenu incontournable. En France il arrive dans les années 30 ,comme en terrain conquis et joue avec Grappelli et Django Reinhardt.

Benny Carter était un poly instrumentiste  qui s’est exprimé à la clarinette ,à la trompette ,au trombone ,au piano et au saxo…et c’est au saxo que Carter a donné le meilleur de lui-même. Ses solos sont nombreux et je ne pourrais les citer tous ,mais quand même je tiens à signaler quand même ‘takin’ my time’ en 1940 ,’I can’t get enough’ 1944 , ‘the midnight sun’ 1961 …sa prestation la plus connue fut sans doute sur ‘Tiger rag’ au saxo ténor enregistré en quartet à Londres en 1936.

 Il travaillera également avec Norman Granz ,Phil Woods ,Charlie Rouse  ,le batteur Jo Jones ,avec Milt Jackson ,Dizzy …ils enregistrèrent d’ailleurs le ‘Montreux 77’ et ‘Live in Japan’ .


Après 50 ans dévoué au Jazz il sera professeur invité à l’université de Princeton de 74 à 79 et créera 4 départements de musique ,composition-orchestration .Il se verra attribué la ‘Partition d’or’ que vraiment peu de musiciens ont reçu .
Par JB - Publié dans : Biographies
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Mardi 15 avril 2008 2 15 /04 /Avr /2008 15:20
Le fait quAhmad Jamal aimait jouer une musique grand public à ses débuts attira les commentaires les plus négatifs qui furent de la part de nombreux critiques de Jazz…le public de bars et cabarets appréciait son jeu ,mais ces critiques ne comprenaient pas sa démarche et ne voyaient en lui qu’un pianiste de salon de cocktails ,commercial. Il fallut que Miles Davis se fasse l’avocat de Jamal pour que la plupart des détracteurs reviennent sur leurs jugements…genre de situation qu’Erroll Garner avait connu avant Jamal .

La musique de Jamal n’a jamais été simpliste ,loin s’en faut ,une simplicité sophistiquée ce qui n’a rien à voir. Ahmad Jamal s’est dédié à la musique au milieu des années 40 et a su démontrer que loin d’être un pianiste modeste ,il possédait au contraire toutes les caractéristiques d’un virtuose : élégance ,sobriété ,dynamisme et une technique infaillible à couper le souffle .


Un toucher péremptoire de la main droite ,mordant et une main gauche légère faisant sonner les accords ouatés ou développant rapidement une figure mélodique et avec cela une sonorité partout claire et brillante…subtilité jusqu’à l’autorité…il séduit puis conquiert.
Comme certains des plus grands ,Jamal a fait du trio une des combinaisons les plus performantes du jazz (on pense à Bill Evans ,Wynton Kelly ou Solal lorsque l’on parle de trio)…plus particulièrement avec le bassiste Israel Crosby et le batteur Vernell Fournier (ou avant cela avec le guitariste Ray Crawford).
Bien que critiqué à ses débuts ,le pianiste n’a jamais fait marche arrière- face à l’adversité ,il s’est toujours montré serein .Ahmad Jamal est un homme grave ,calme et réfléchi ,de nature réservée qui mènera une carrière honnête ,sans aucune concession..les critiques finirent par s’en rendre compte et s’excusèrent…mais tardivement .

Ahmad Jamal (né Fritz Jones avant de devenir musulman) ,est né le 2 juillet 1930 à Pittsburgh ,PA . Il reçut l’enseignement des meilleurs professeurs de musique de Pennsylvanie (ville où naquit aussi Erroll Garner) ,à l’âge de 15 ans ,il décide de devenir musicien professionnel…probablement que la jam-session à laquelle il a participé au côté d’Art Tatum en 1945 n’est-elle pas étrangère à cette décision…on dit que ce jour là Tatum avait été fortement impressionné par les talents du jeune virtuose.


Ce qui est certain ,c’est que 2 ans plus tard on retrouve le jeune jamal dans l’orchestre de George Hudson ,avec le saxo Ernie Wilkins…cette période lui fut à la fois bénéfique et pesante ,d’un côté la tournée l’a aguerri et de l’autre les relations avec un chef d’orchestre qui n’apprécie pas qu’un de ses musiciens se mette en évidence de si brillante manière pendant les concerts. C’est que le jeune pianiste possède déjà à l’époque un style qui s’accommode peu des règles strictes d’un grand orchestre….comprenat cela Fritz Jones crée son 1er combo en 1949 avec des amis musiciens de Pittsburgh ,un quartet composé de piano ,guitare ,violon et basse.

Hélas le ‘Four Strings’ ne connu aucun succès …le quartet dissous et affecté par cette première initiative ratée ,Fritz Jones accompagnera divers ensembles de chant et danse.

 

En 1951 il remonte un combo ,un trio piano ,basse et guitare (formule dont Nat King Cole avait déjà montré toute l’efficacité) . « The three strings » ,avec Crawford à la guitare et Crosby à la contrebasse ,se produira sur toute la côte est avant de travailler au Blue Note de Chicago et à New-York.

En 1952 il se convertit à l’islam et devient Ahmad Jamal …et c’est sous le nom de Ahmad Jamal Trio que le combo attire l’attention du producteur John Hammond qui l’entend un soir à l’Embers club de New-York….Hammond se fera le défenseur du combo face à une critique qui ne peut supporter le répertoire de thèmes populaires de Jamal comme ‘Billy Boy’ qui sera un succès.

Mais sa popularité ne cesse de croître ,en 1952 il a participé à un concert au Carnegie Hall aux côtés de Duke Ellington et de Billie Holiday ,Jamal décide de remplacer le guitariste par un batteur et fait appel à Walter Perkins d’abord ,mais qui fut remplacé par Vernell Fournier ensuite. En 53 il ressurgit sur la scène de Chicago où les critiques sont moins incisifs qu’à New-york . Au fil des concerts jamal affinera ce qu’il appelle une ‘musique de chambre du Jazz Moderne ‘..
Ses premiers disques furent des succès ,’The Ahmad Jamal Trio’ et ‘The piano scen of Jamal’ ,’But not for me’ gravé en 1958 quant à lui sera un véritable triomphe..stylisme exceptionnel ,une virtuosité pianistique incroyable ,grande lucidité il peut faire swinguer une note unique ,pas de précipitation ni d’agressivité ,il ne s’emballe jamais…maîtrise totale de son art ,jubilation de créer et magnificence de la sonorité .

 

 

A la fin des années 50 ,le trio est au top de sa gloire ,chaque disque battant des records de ventes..’Ahmad Jamal at the Pershing’ ,’Volume II’ ,’Portfolio’ ,’Ahmad Jamal at the Penthouse’ enregistré avec des cordes ,’Listen to Ahmad Jamal quintet’ avec le guitariste Ray Crawford qui retrouve là son ancien leader et le violoniste Joe Kennedy…etc…etc..’Macanudo’ et enfin ‘Poinciana’
Mais après les années fastes ,celles du doute arrivent au début des années 60 ,d’abord en 61 il doit fermer l’Alhambra ,un club qu’il avait crée à Chicago , en 62 divorce et cette même année il est abandonné par ses musiciens qui rejoignent le pianiste George Shearing . les musiciens avec lesquels il va travailler ne manquent pas de talent le bassiste Jamil Sulieman et les batteurs Chuck lampkin et Frank Grant …mais il faut admettre qu’ils ne peuvent faire oublier Crosby et Fournier….Jamal doit combler par son jeu les lacunes rythmiques des musiciens….c’est en fait repartir à zéro et cette rennaissance est symbolisée par l’album ‘Tranquility’ où il organise un langage nouveau et une atmosphère plus rêveuse et il ne craint pas de s’ouvrir aux incantations coltraniennes .
A la fin des années 60 Ahmad Jamal s’orientera  vers un Jazz beaucoup plus moderne.. !
Il multiplie les concerts et les enregistrements ,’autumn leaves’ en 81 avec Gary Burton.
 Considéré comme le successeur de Erroll Garner il est un des chefs de file de la génération de pianistes qui ont connu le succès à la fin des années 50 et qui étaient plus vieux que Jamal  :bill Evans ,Wynton Kelly ,Herbie Hancock tous ont puisé aux sources du Jamalisme. Miles avait raison de louer les qualités de ce pianiste dès le début .

 

Par JB - Publié dans : Biographies
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