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La flûte
n’a jamais joué un rôle important dans le jazz et ce jusqu’aux années 30 . En fait ,on l’employait surtout pour enrichir la section des saxophones .Ce n’est qu’à partir des années Swing que les chefs d’orchestres et les arrangeurs ont commencé à en faire un instrument soliste ,en particulier dans les formations de Spike Hughes ,Jimmie Lunceford et Chick Webb.
Avec l’apparition du Bop au tout début des années 40 ,la flûte sera de nouveau oubliée de la plupart des jazzmen ,tout simplement parce que sa sonorité s’adapte mal ou pas aux schémas de Parker et de ses complices .
Il faudra de nouveau attendre le début des années 50 et l’arrivée sur la scène jazz de 2 grands saxophonistes ,Jérome Richardson ,lequel enregistrera le tout premier solo de flûte dans ‘hi-fi suite’ en 1956 ,et Frank Wess ,pour que l’instrument dont s’emparera Eric Dolphy réussisse une entrée remarquable et remarquée dans le Jazz moderne .
A partir de là, la flûte sera réellement utilisée par des musiciens de tous horizons et notamment californiens, en commençant par Bud Shank et Buddy Collette qui vont enrichir sérieusement la musique de la West Coast avec ce côté aérien que procure la flûte.
Grâce à ces musiciens, la flûte est sortie de sa marginalité pour faire partie intégrante du Jazz.
Pendant les années 60, cet instrument va connaitre un engouement certain car de nombreux saxophonistes en feront leur instrument principal .Un des premiers fut Herbie Mann qui rencontra le succès entre 1955 et 1965, Herbie forma d’ailleurs un duo de flûtes avec Sam Most . Il y eut aussi James Moody, paul Horn, Roland Kirk, lequel va développer son style expressionniste en exploitant toutes les possibilités de la flûte et en y ajoutant sa voix simultanément, mais également Jeremy Steig qui ira au-delà en exploitant les limites des sonorités et enregistrera avec Bill Evans .
D’un côté le Free, représenté en grande partie par James Newton et de l’autre l’école dolphyienne avec Sam Rivers ,henry Threadhill et Prince Lasha.
La clarinette basse, quand à elle, était utilisée dans les orchestres symphoniques et a peu intéressé les jazzmen et ce, jusqu’à la fin des années 50 (à l’exception, du saxo baryton Harry Carney qui en a parfois joué dans la formation de Duke Ellington) .
Durant sa courte carrière discographique de 1958 à 1964, Dolphy a souvent utilisé la clarinette basse, depuis son premier solo dans « gongs heats » jusqu’à « Epistrophy » et « Hypocchristmutfreefuzz » sur le disque « last Date » ,influençant d’autres jazzmen comme David Murray ,Anthony Braxton ,John Surman ,Gunther hampel et Peter Brotzman…
En France ,la clarinette basse trouva son représentant avec Michel Portal ,mais aussi avec Louis Sclavis et Jef Sicard .
Suite à la
prise de conscience par la communauté noire Américaine et comme le souhaitaient quelques intellectuels noirs ,beaucoup de musiciens de Jazz
vont à la fois rejeter la religion chrétienne ,pour souvent se convertir à l’islam ou au Bouddhisme et oublier toute influence musicale européenne .Allant plus loin encore que
les boppers ,qui avaient renouvelé le langage musical et que les Hard-boppers ,qui étaient apparus comme les messagers d’une culture noire et qui ,pour ce faire ,avaient souhaité le retour au
Blues de leurs aînés ,quelques musiciens donc ,vont faire entrer le Jazz dans une ère nouvelle ,en puisant aux sources des musiques arabe et indienne ,musiques qui permettent une liberté totale d’improvisation et proche de certains aspects du Free .
Il en est ainsi d’Art Blakey ,John Coltrane ,Sahib Shihab ,de Don Cherry , de Yussef Lateef ,d’Ornette Coleman et bien évidemment de Roland Kirk …Kirk fut l’artisan-orfèvre de sonorités et de rythmes qui permirent l’envolée de grands instrumentistes de Jazz et qui transformeront la musique du monde , en ce libérant des traditionnels 4/4 ,en ajoutant aux combos des instruments qui n’avaient jamais été jusque là utilisés par des jazzmen…Eric Dolphy ,par exemple fut l’un des tout premiers à employer la flûte et la clarinette basse ; Yussef Lateef ,le Hautbois et le basson ,Alice Coltrane ,la harpe ; Howard Johnson et Earl McIntyre ,le tuba …Roland Kirk enfin , le stritch et le manzello ,sortes de saxophones utilisés dans le temps dans les orchestres militaires espagnols .
Roland Kirk est certainement celui dont le parcours artistique et créatif est le plus étrange . bien avant Coltrane ,il a adopté les musiques orientales et Arabes .A la différence de Coltrane mais comme Charlie Mingus ,il est resté totalement attaché aux racines du Blues .Il a de façon incroyable et exceptionnelle ,revisité les grands du Jazz ,des thèmes de Duke Ellington ,des chansons de Frank Sinatra et même des succès de variété Françaies jusqu’aux compositions de Jerome Kern ,Dvorak ,ou de Gershwyn …
Bien que son nom ne soit que très rarement cité ,il est à l’origine du Jazz-Rock et le
premier à avoir ajouté à sa musique des sons et des bruits de la vie quotidienne (chose dont le grand Frank Zappa était très friand dans ses créations)…
Le jazz que Roland Kirk a créé sera baptisé par son créateur de « Great Black Music » c’est-à-dire la
« Black Classical Music »…Kirk fut vraiment celui qui chamboula le Jazz en constituant un matériau à partir duquel une conscience nouvelle pourrait être
édifiée …du rêve ,du mystère ,de l’espoir ,de la volonté ,ne rien jeter ,tout assumer ,tout utiliser si cela peut servir ..Un Credo !!
Roland Kirk est né à Colombus ,Ohio ,le 7 Août 1936 ,aveugle à l’âge de 2 ans ,il étudie à l’Ohio State College for the Blinds et révèle d’emblée ses dons exceptionnels pour la musique .Il apprend à jouer de la trompette ,du Bugle ,de la clarinette ,puis ,sur les conseils de son médecin ,il laisse la trompette pour le saxophone .A 12 ans ,il devient le saxo de l’orchestre de son College ,et 3 ans plus tard il fait ses débuts de professionnel dans des groupes de rythm ‘N Blues …avant de monter son groupe .
Adolescent ,Roland Kirk fit un rêve (un rêve qui lui donne son surnom de « Rahsaan » et qu’il gardera toute savie) ,un rêve encore qui l’incite à jouer de plusieurs instruments simultanément . kirk disait : « ..cette idée ,je crois , à toujours été en moi mais je n’arrivais pas à en avoir une conscience précise .C’est grâce à un rêve que le voile se leva enfin sur cette vérité ..je me suis vu jouant de 2 instruments en même temps .le son qui en sortait était étrange …jamais entendu auparavant et cette sonorité ne m’a plus quitté par la suite …j’avais 14 ans et je décidais de ‘chiner’ chez les brocanteurs et chez l’un d’entre eux ,j’ai découvert ce Manzello et ce Stritch qui ,ajoutés au ténor ,sont parvenus peu à peu à reproduire la sonorité que j’avais entendue une nuit.. » .Ces instruments donneront à Kirk ce ‘sound’ si caractéristique ,perceptible déjà dans ‘Triple Threat’ ,son premier disque réalisé en 1956 et très marqué par le RnB…cet album n’eut en fait qu’un succès relatif .
Il quitte Louisville pour Chicago et enregistre « Introducing Roland Kirk » ,œuvre qui possède déjà toutes les caractéristiques de l’Art du saxophoniste .
Suivront les enregistrements de « Kirk’s work » et de « We free Kings » en 1961 au sujet duque l l’artiste garde un grand souvenir …puis « Reeds and deeds » et « the Roland Kirk quartet meets Benny Golson Orchestra » en 1963 , « Rip,Rig and Panic » en 1965 , « the inflated Tear » et « here comes the Whistleman » en 1967 , « Volunteered Slavery » en 1968 et « Rahsaan Rahsaan » en 1970 avec des musiciens comme Charlie McGhee à la trompette ,Roy Haynes à la batterie ,Alice Coltrane à la harpe et Howard Johnson au Tuba .
Ces différents albums ,même si le blues reste l’un des fondements de la musique universelle de Kirk ,attestent de profondes influences Arabes et indiennes ….il fait à la manière du ‘dron’ de la musique indienne (c’est le fait de tourner autour d’une seule note ,de faire pivoter la mélodie autour de cette unique note)…il fait se genre de chose mais ne cherche pas à imiter qui que ce soit .Il joue ainsi parce qu’il en a envie ,ce n’est pas un procédé , même le fait de jouer 3 instruments en même temps …certains crurent longtemps qu’il cherchait à attirer l’attention.
Roland Kirk a été influencé par Duke Ellington et Charlie
Parker …Charlie Mingus était interessé par Roland en colère comme lui et créateur audacieux .
Après une tournée en Allemagne en Avril 1961 ,Kirk entre dans l’orchestre de Mingus ,immense laboratoire d’idées que ce workshop .les 4 mois passés aux côtés
du contrebassiste et pendant lesquels seront enregistrés « Oh Yeah ! » et « Tonight at
noon » consacreront définitivement Roland Kirk . Il a gagné ! lui qui était critiqué parcequ’il en faisait trop ,parce qu’il jouait plusieurs instruments
en même temps …et bien ,il était tout à coup adulé et en particulier en France par ceux qui crient au génie lorsqu’ils écoutent Sun Ra ,Cecil Taylor ,Archie Shepp , l’Art Ensemble of Chicago ou Albert
Ayler .
Roland Kirk devient chef d’orchestre et crée la ‘Vibration Society’ son orchestre dans lequel joueront de grands noms comme Howard Johnson ,l’organiste –violoniste Leroy Jenkins…etc.. de nombreuses tournées autour du globe les attendent jouant dans des styles variés allant du Gospel à la Nouvelle-Orléans en passant par le Jazz-Rock et les thèmes d’Ellington . Cette fusion doit aboutir à la création d’une ‘musique classique noire’ …il faut écouter « Natural Black Inventions » , « Root Strata » en 1971 , « Brights Moments » en 1973 qui sera un grand succès commercial ou bien encore « The return of the 5000 lb man » en 1976…collage ,invocations ,organisation de son univers ,il rassemble ,blues ,religieux ,ésotérique ,europe ,Orient… !!
Saxo ténor avant tout ,il aimait transformer ,torturer et faire exploser les sonorités …Kirk a été un immense Poly-instrumentiste ,doué et créatif ,il ne bluffait pas il avait une ‘colère sincère’ et les 20 années qu’il a pleinement consacré au Jazz suffisent à démontrer qu’il a vraiment été le créateur d’un nouvel univers sonore ,irrésistible mais profondément dans le blues .